J. B. (Jérusalem) :
La "pacification" de la Palestine [1]
(2 octobre 1929)
Les communiqués rassurants publiés sur le sort de la partie la plus fiévreuse de l’Empire britannique, le mandat palestinien, ne correspondent pas entièrement à la réalité. Malgré l’arrive de troupes très nombreuses, malgré la répression "extraordinaire", malgré la domination terroriste sanglante, la Palestine, près d’un mois après l’éclatement du soulèvement d’août, n’est toujours pas pacifiée. Et de cela ne témoignent pas seulement des faits extérieurs : mouvements de tribus bédouines, collisions sans cesse renouvelées, désordres dans des provinces éloignées. Mais c’est surtout la population qui n’est pas rentrée dans le calme que voulaient lui imposer les baïonnettes anglaises. Le mécontentement est trop profond et trop général, la population tant juive qu’arabe, continue à déployer les plus grands efforts afin de se procurer des armes et l’agitation nationaliste n’est pas prête à se "calmer".
Pour autant qu’on puisse dresser dès à présent un bilan du nombre des morts et des blessés, on peut évaluer ces dernier à 2.000 au moins, et dans ce nombre, le total des Arabes "abattus" par les expéditions punitives anglaises est très inférieur à la réalité, les conséquences des bombardements et des fusillades ayant été effroyables. En ce qui concerne le nombre des personnes ruinées, le chiffre officiel des fuyards juifs ayant été obligés d’abandonner leur foyer par suite des événements, est de 9.000, soit 7 % de toute la population juive du pays. Le nombre correspondant pour la population arabe est de 20 à 30.000 au moins, car le mouvement n’a pas embrassé seulement les régions où habitent des Juifs, mais s’est également étendu à des contrées purement arabes telles que Gaza, Nablus, Tul-Karem, Dchenin, etc. Il est impossible de fournir un chiffre, même approximatif, des dégâts matériels.
Là-dessus, les Anglais, loin de remuer le petit doigt pour soulager la profonde misère du pays, font au contraire tout le possible pour l’aggraver. Aux perquisitions en masses, aux contributions en masses (les Anglais ont promulgué un décret aux termes duquel il ne sera payé de dommages que dans les endroits où une contribution aura été imposée, et les sionistes demandent que cette contribution soit portée à son maximum) s’ajoutent les arrestations en masses.
Le nombre des Arabes arrêtés dépasse déjà 1.500 : il faut y ajouter 150 juifs également incarcérés. Ils seront déférés aux juges britanniques – la cause impérialiste ne pouvant tolérer de juges indigènes – et très rapidement condamnés. Il est inutile de dire que la "justice" est une pure justice de classe : on condamne pour des motifs politiques, ce n’est pas le voleur ou l’assassin qui sont condamnés au maximum (de tels criminels de petite envergure, on les laisse même en paix dans la plupart des cas), mais ceux dont l’action pourrait être dangereuse pour l’impérialisme. Les juges du gouvernement socialiste de Sa Majesté vont nettement se démasquer, une fois de plus, devant le tribunal objectif des masses populaires : le vol, le meurtre, passe encore, pourvu qu’on ne fasse rien contre le gouvernement. Les Anglais préparent, de nouveau, leur action en vue d’écarter la vague prochaine du soulèvement révolutionnaire. En ce sens, ils suivent la même voie que précédemment, celle des combats nationaux intérieurs.
La même tactique est poursuivie à l’égard de la population juive : on ne touche pas aux chefs sionistes, les bourreaux sans scrupules fascistes et social-fascistes (l’organe des syndicats dirigé par les sionistes, pouvait, par exemple, publier une chanson dans laquelle on lisait : "Gloire aux combats! Gloire à l’incendie! Nous nous unissons à toi, ô terre, par le fer et par le sang!), mais on frappe le pauvre diable chez lequel, au cours des événements sanglants, on a trouvé un revolver, ou dont la maison fut l’objet de luttes. Les pogromistes, d’une part, les provocateurs fascistes, de l’autre, continuent à vivre en liberté et s’occupent des "nobles" tâches de gagner des privilèges aux dépens du sang répandu.
On fait tout le possible afin, non pas d’éteindre le feu de la haine nationale mais, au contraire, afin de le ranimer pour longtemps. L’administration britannique, par les déclarations de Mcdonald, de Lord Passfield (ex-Sydney Webb) et de ses représentants locaux, s’est donnée carte blanche afin de chauffer tel ou tel point, suivant les besoins de la cause. Afin que l’explosion qui doit éclater incessamment, n’atteigne pas les bâtiments gouvernementaux, l’armée d’occupation veillera pour le reste (car il existe d’autres parties de l’Empire à veiller et on ne peut pas en détacher les troupes) un renforcement de cent hommes, de six pieds de haut, il est vrai, à été envoyé de Londres. Ils doivent, d’après ce qu’on raconte en Palestine, être seulement le premier détachement d’une troupe plus importante destinée à l’"apaisement" du "pays sacré" (peut-être Lord Passfield veut-il aider son ami Thomas dans la solution du problème des sans-travail, au moins pour ceux dont la taille est de six pieds?).
Quoi qu’il en soit, ces troupes, ces bâtiments, ces avions et ces tanks, constituent, actuellement, le seul "gage de paix". Cependant, le jeu sauvage des forces réactionnaires se poursuit : une agitation de boycott est menée, de part et d’autre, à des fins pareillement criminelles par les sionistes et les nationalistes arabes; la propagande mensongère et la publication d’horreurs imaginaires continuent, les sionistes se servant, à cet effet, des agences de presse impérialiste, les mahométans utilisant ka propagande orale.
Ce qu’on dit, ici et là, hypocritement sur la "paix" (comme, par exemple, une partie de la presse sioniste qui voudrait bien chasser "pacifiquement" les ouvriers et les paysans arabes et réaliser "pacifiquement" la déclaration de Balfour) rappelle les célèbres conditions de paix des pirates impérialistes pendant la guerre mondiale : Oui, nous sommes pour la paix, mais nous devons assurer note "place au soleil…". Ce sont des bavardages dont le but unique est de mentir à "l’opinion publique" mondiale à laquelle le sionisme a fait appel.
Ces pacifistes montrent leur vrai visage quand il s’agit de s’opposer aux propositions de paix lancées par le parti communiste, et qui sont les seules réelles et admissibles. La plate-forme du P.C. de Palestine, publiée par lui dès le premier moment et qu’il ne perdit de vue à aucun moment au cours des combats les plus sanglants, est : Pas de "paix" abstraite sous le contrôle des baïonnettes impérialistes, mais union des travailleurs juifs et arabes pour la lutte contre le principal adversaire de la paix, l’impérialisme britannique, établissement de l’indépendance nationales et autonomie sous la direction d’un gouvernement révolutionnaire, ouvrier et paysan. Le fait seul de penser à un tel mot d’ordre – le seul réel pourtant – met hors d’eux ces messieurs de la IIe Internationale (et avec eux Poale Sion, soi-disant de "gauche", qui s’est révélé comme le pire gredin nationaliste). Les fables sanglantes les plus viles sont répandues afin de présenter le communisme mondial comme "allié des pogromistes", afin de présenter l’"Internationale communiste saluant la révolution la révolution du parti mufti". C’est que, afin de parachever la pacification à l’aide des baïonnettes de Macdonald, il faut, avant tout, anéantir les communistes, dont l’analyse de la situation des forces de classes et de la politique impérialiste en Palestine a reçu une confirmation si sanglante et si définitive par la marche des événements.
D’ailleurs, les nationaux-réformistes arabes, ces traîtres bourgeois, s’effrayent également de l’extension de l’influence communiste. C’est, qu’en effet, le P.C. a démasqué leur rôle depuis longtemps. Ils commencent de leur côté, une campagne d’excitation anticommuniste, et, ici aussi, la tendance à se rallier à l’impérialisme capitaliste joue un rôle capital.
Seule, la concentration des meilleurs éléments du prolétariat et des paysans pauvres à la campagne, autour du drapeau du parti communiste de Palestine, seule la plus large action de secours et de solidarité de la part du prolétariat révolutionnaire international, face à cette attaque des impérialistes et des social-impérialistes, de la bourgeoisie sioniste et arabe facilitera, à l’avant-garde prolétarienne, l’opposition du front unique révolutionnaire des masses travailleuses, à la pacification par le fer et par le feu telle que veulent la réaliser les mercenaires de Macdonald.
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