J. B. (Jérusalem) :
Le rapport de Macdonald sur la Palestine [1]
(16 avril 1930)
Il a fallu sept mois à la commission Shaw instituée par le gouvernement Macdonald pour terminer la rédaction de son rapport sur les "troubles en Palestine et les moyens de les empêcher à l’avenir."
Même de la part de la presse fasciste italienne, Macdonald a reçu le reproche que la commission Shaw s’appliquait, dans des buts impérialistes, à rassembler une foule de détails secondaires, à procéder à des interrogatoires inutiles de témoins, à étudier des documents de peu de valeur – et tout cela précisément pour voiler et estomper les traits fondamentaux des événements. Et, en effet, le rapport de la commission est bourré de choses absolument superflues, qui n’ont rien de commun avec les événements sanglants. Par contre, on y développe un tableau tel qu’il est impossible à qui conque a vécu l’insurrection du mois d’aout en Palestine, d’y reconnaitre la vérité. Tout cela peut créer les prémisses nécessaires aux conclusions fixées d’avance et tirées par le rapport.
Quelles sont ces conclusions? 1) Il n’y a pas eu d’insurrection contre les Anglais en Palestine; 2) Les Juifs paisibles ont été attaqués et massacrés par les Arabes sauvages dont quelques-uns ont été tués à leur tour par les Juifs et par les troupes du corps expéditionnaire britannique; 3) Dans cette lutte de races et de religions, le gouvernement britannique a fait son possible pour rétablir la paix, mais il disposait de trop peu de troupes; 4) Pour que les Arabes ne se sentent pas menacés par les Juifs, il faut que la politique du gouvernement britannique soit davantage précisée (notamment en ce qui concerne les questions d’immigration et de colonisation); toutefois, le renforcement de l’occupation militaire est recommandable. En d’autres termes: La population arabe est sanguinaire, les Juifs et les Arabes se massacrent réciproquement, le seul salut du pays est le tommy anglais qui sait freiner tous les instincts sauvages.
Le caractère mensonger de ce document n’est dépassé que par l’intention scélérate de faire, en Palestine, une politique impérialiste encore plus intrigante. On tait le rôle du gouvernement britannique dans l’excitation du fanatisme religieux; on passe sous silence le fait que les provocations juives n’ont pu se produire que parce que le gouvernement britannique en avait préparé le terrain par la déclaration Balfour et parce que le sionisme en faillite ne vit que par la grâce de l’impérialisme britannique. Le mouvement d’émancipation arabe, les nombreuses manifestations se déroulant sous le mot d’ordre "Istiklal Tam!" (Indépendance complète!), les insurrections paysannes contre l’impérialisme, les assauts données aux bâtiments du gouvernement britannique, les détachements de partisans, etc. ‑ ces faits ne cadrant point avec la thèse d’une lutte religieuse, la commission les omet tout simplement dans son rapport. Mais, pour que l’Angleterre ne soit pas obligée de soutenir sérieusement la colonisation juive en Palestine, après s’être servie des émigrés juifs comme béliers contre les Arabes, et pour donner notamment des arguments sur "l’objectivité et la justice britanniques", au clergé et à la bourgeoisie arabes qui ont passé au national-réformisme, on parle de la nécessité de mieux contrôler l’immigration et la colonisation juive.
Ainsi, la commission Shaw a livré à son chef, le social-impérialiste Macdonald, le schema pour administrer ce point stratégique sur la rive orientale du canal de Suez qui est la Palestine : Renforcer l’occupation militaire afin de pouvoir étouffer dans le germe la moindre révolte; maintenir la déclaration Balfour comme moyen d’attiser la haine des Arabes contre la minorité juive; pousser à l’extrême l’antagonisme national et religieux; garder la minorité juive elle-même, d’un côté par la peur des poignards arabes et de l’autre, par les derniers espoirs dans un "foyer national", fidèle aux dirigeants sionistes et poaley-sionistes qui sont des agents britanniques; accorder certains avantages économiques aux seigneurs féodaux et à la bourgeoisie arabes afin de gagner leur concours dans la répression du mouvement populaire contre l’impérialisme; compensations à l’aristocratie arabe aux frais des sionistes.
Ce noeud coulant que Macdonald jette ainsi au cou de la population palestinienne ne peut être tranché que par la force ‑ par l’union des travailleurs arabes et juifs de Palestine en vue de l’insurrection commune contre l’impérialisme britannique, avec le concours actif du prolétariat britannique, européen et américain.
![bandeau_site_rocml[1] ROCML- Documents de référence ML](https://www.rocml.org/References-ML/wp-content/uploads/2024/10/bandeau_site_rocml1.png)