Bob (Jaffa) :
La lutte des communistes arabes [1]
(25 février 1931)

L’activité des communistes arabes qui, ces derniers temps, s’est considérablement accrue, cause une grande inquiétude aux impérialistes et à la bourgeoisie arabe nationale-réformiste. La lutte contre le communisme en Egypte et dans les autres pays arabes avait toujours été basée sur la supposition que les ouvriers et paysans "indigènes" étaient immunisés par une "triple carapace" contre l’agitation communiste: par leur "frugalité", leur faible degré d’organisation et leurs traditions musulmanes. Les impérialistes et leurs agents indigènes ont toujours souligné que, dans le Proche-Orient, l’Internationale communiste ne pouvait prendre pied que parmi les émigrés – Arméniens en Syrie, juifs en Palestine, Grecs en Egypte ‑ mais non dans la masse de la population indigène. Il vient d’être prouvé que cette "triple carapace" ne suffit cependant pas à empêcher la pénétration du communisme dans les masses de la population arabe musulmane.

La terrible crise économique qui ruine complètement les petits paysans, qui jette les ouvriers dans les rangs de l’armée des sans-travail et des sans-pain, l’oppression impérialiste insupportable poussent les masses arabes à prêter l’oreille aux mots d’ordre du parti communiste. La proclamation du Parti communiste de Syrie, lancée au cours de l’année 1930 et qui provoqua des cris d’alarme dans toute la presse bourgeoise de Syrie, ne fut pas le couronnement d’une action du parti, mais seulement le prélude de toute une série d’actions du parti qui touchèrent toutes les villes importantes et les campagnes de Syrie. Ce qui est important, c’est que les ouvriers et les fellahs arabes participent activement et d’une manière dirigeante au travail du parti.

Non moins importants fut l’arabisation du Parti communiste de Palestine dont la direction a passé, depuis le VIIe Congrès du Parti (décembre 1930), aux mains d’un Comité central à majorité arabe. Non seulement les organes franchement pro-impérialistes, mais aussi les organes nationaux-réformistes durent avouer que l’agitation du P.C. de Palestine a trouvé un vif écho dans les villages arabes, parmi les fellahs affamés, désespérés, chassés de leurs terres. Les mots d’ordre de la révolution agraire, de la lutte émancipatrice autonome des travailleurs arabes, avec le concours de l’avant-garde des ouvriers juifs, a tellement effrayé la presse qu’elle réclama "une lutte plus énergique contre le communisme", "l’extermination des communistes", etc.

La vague de répression anticommuniste correspondait aussi bien aux intérêts impérialistes menacés par le mouvement des masses laborieuses qu’aux aspirations de la bourgeoisie indigène qui – du moment qu’il s’agit d’une véritable lutte révolutionnaire antiimpérialiste – se trouve absolument du côté de l’impérialisme. En Syrie, beaucoup d’ouvriers furent arrêtés parce que suspects de communisme. L’attitude courageuse d’une partie des communistes arabes se confessant ouvertement pour l’idée communiste et déclarant que communisme veut dire libération nationale et amélioration de la situation des ouvriers, eut une grande répercussion. D’autres se solidarisèrent avec la lutte révolutionnaire du P.C. de France.

En Palestine, non seulement les ouvriers arabes faisant de la propagande communiste furent exécutés, mais également ceux entretenant des relations avec les ouvriers révolutionnaires. Sans même respecter les lois impérialistes, tous les ouvriers arabes "suspects de communisme" furent arrêtés arbitrairement, même quand ils étaient seulement suspectés de faire de la propagande pour l’indépendance de la Palestine. La police britannique emploie, comme l’ancienne Okhrana tsariste, des mouchards et des provocateurs.

La procédure judiciaire est non moins sommaire qu’arbitraire. Les prévenus ne sont pas traduits devant les tribunaux ordinaires, mais devant les juges administratifs qui jugent comme bon leur semble sur la foi d’une disposition policière, aussi fantaisiste qu’elle soit.

Les buts des persécutions des autorités françaises en Syrie ainsi que des bourreaux britanniques de Macdonald en Palestine, est clair: l’impérialisme reconnaît le danger que constitue la pénétration des idées révolutionnaires dans les masses arabes, parmi les paysans sans terre et les artisans et ouvriers affamés. Il s’aperçoit que de ces masses sortent les dirigeants, les cadres communistes qui ‑ contrairement aux nationaux-réformistes toujours enclins au marchandage et au compromis ‑ posent la question de la lutte impitoyable contre l’impérialisme. En présence de l’importance qu’a le Proche-Orient pour la prochaine guerre contre l’Union soviétique, tout courant révolutionnaire doit être anéanti dans le germe. C’est pourquoi on se propose "d’extirper" par la terreur la plus brutale le cadre existant déjà et d’intimider les masses pour qu’elles ne participent pas aux actions communistes.

Les communistes arabes résistent de toutes leurs forces à la terreur impérialiste. Ils poursuivent leur action antiimpérialiste parmi les ouvriers et paysans. Aux partis frères des métropoles (avant tout de l’Angleterre et de la France), de mener des actions de solidarité avec leurs frères coloniaux opprimés par leurs impérialismes.

 



[1]Correspondance internationale, no 15, 11e année, 25 févier 1931, p. 233.