Autriche 1918 – 1945
Annotations historiques :
Johannes Schober

 

En 1913, Schober prit la direction de la police d’État et, le 11 juin 1918, celle de la direction de la police de Vienne. Le 30 novembre 1918, il fut nommé chef de la police de Vienne et le 8 décembre de la même année, il se vit confier la direction de l’ensemble du service de la sécurité publique.

De juin 1921 à mai 1922, Schober est chancelier fédéral, en tant que sans-parti. Sa démission est suivie de son rétablissement et finalement de sa chute provoquée par le Großdeutsche Partei. Sous le nouveau gouvernement du chancelier Ignaz Seipel, Schober reprend la direction de la police le 31 mai 1922.

Au cours des évènements du 15 juillet 1927, Schober prend la décision, avec l’autorisation de Seipel, d’ouvrir le feu. 89 personnes sont tuées par les commandos de police, dont des enfants et des spectateurs non impliqués. En outre, des centaines de personnes ont été blessées par des balles de fusil, des matraques et des sabres. Les appels à la démission des sociaux-démocrates – qui reprennent rapidement les discussions avec Schober – se taisent rapidement et les partis bourgeois soutiennent de toute façon Schober.

Après une candidature infructueuse aux élections présidentielles de 1928, Schober devient une nouvelle fois chancelier le 26 septembre 1929, avec le soutien particulier des Heimwehren. La même année, il conçoit sa réforme constitutionnelle comme un compromis avec les sociaux-démocrates. En raison d’un conflit de politique personnelle, il doit à nouveau démissionner en septembre 1930.

Pour les élections du 9 novembre 1930, Schober se présente comme tête de liste du "Schoberblock" (camp national-libéral : Grands Allemands et Landbund) et obtient un succès d’estime. Entre le 4 décembre 1930 et le 29 janvier 1932, il est vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères dans les gouvernements Otto Ender et Karl Buresch.

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Le Bluthund du 15 juillet 1927.

Le terme "Bluthund" désigne en allemand la race de chiens appelée braque en français, mais signifie littéralement "chien sanguinaire" (l’équivalent du terme français "limier", plus modéré, se traduit en allemand par "Spurhund", c’est-à-dire chien qui flaire les traces). Ce terme a déjà été régulièrement utilisé en Allemagne par les communistes contre les dirigeants social-démocrates, en particulier entre la fin 1918 et le début 1919.

On peut citer comme exemple des évènements de janvier 1919, quand Friedrich Ebert est chancelier du Reich et Philipp Scheidemann l’un des principaux responsables social-démocrates à ses côtés. Une forte confrontation a lieu entre le pouvoir bourgeois et les forces révolutionnaires. Pour organiser la répression, le gouvernement (appelé "Conseil des commissaires du peuple"), qui a pris le pouvoir au nom de la bourgeoisie, nomme Gustav Noske (SPD) commandant en chef des troupes gouvernementales pour Berlin et ses environs. Noske accepte cette responsabilité et commente : "Qu’il en soit ainsi, quelqu’un doit faire le limier, je ne crains pas la responsabilité"[1]. Il s’agit d’une réplique de Noske aux slogans diffusés par les manifestants, notamment par le Parti communiste (KPD), qui accusaient Ebert et Scheidemann d’être des Bluthunde[2].

 



[1]. Noske lui-même écrit :

Lundi 6 janvier [1919], j’étais à la chancellerie du Reich vers 8 heures. […] Mon opinion selon laquelle il fallait maintenant essayer de rétablir l’ordre par la force des armes n’a pas été contredite. Le ministre de la Guerre, le colonel Reinhardt, formula un ordre par lequel le gouvernement et le Conseil central nommaient le lieutenant-général von Hoffmann, qui se trouvait non loin de Berlin avec quelques formations, au poste de commandant en chef. On objecta à cette décision que les ouvriers auraient les plus grandes réserves à l’égard d’un général. Dans une certaine agitation, car le temps pressait, nos hommes réclamaient des armes dans la rue, on se tenait dans le bureau d’Ebert. Je demandai qu’une décision soit prise. Quelqu’un me dit alors : "Alors, fais-le, toi!" Ce à quoi j’ai répondu sans hésiter : "Qu’il en soit ainsi, quelqu’un doit faire le limier, je ne crains pas la responsabilité". Reinhardt a dit qu’il avait toujours espéré cette proposition. Une décision fut formulée oralement de manière à ce que le gouvernement et le conseil central me confèrent les pouvoirs les plus étendus pour rétablir l’ordre à Berlin. Reinhardt barra le nom de Hoffmann et écrivit le mien à la place. Ma nomination au poste de commandant en chef était effective. Je n’ai jamais lu le texte des pouvoirs qui m’ont été conférés et je n’ai jamais eu ma nomination de commandant en chef entre les mains.

[Gustav Noske, "Von Kiel bis Kapp – Zur Geschichte der deutschen Revolution"; Berlin, Verlag für Politik und Wirtschaft, 1920; p. 67‑68.]

[2]. Ainsi, la veille, 5 janvier 1919 : "À bas Ebert et Scheidemann, les fossoyeurs de la révolution" – "Ebert et Scheidemann, Bluthunde de la révolution".