Autriche 1918 – 1945
Annotations historiques :
Autriche, Février 1934

 

En avril 1923 fut fondée le "Republikanischer Schutzbund" ("Ligue de protection républicaine") autrichien, une organisation militaire prolétarienne issue des groupements d’ordre du conseil ouvrier et des défenses d’ouvriers et d’usines des années 1918 et 1919. Par les circonstances de sa création et par la composition de ses membres il était lié au SDAPDÖ; à son apogée, en 1928, il comptait 80.000 membres. Les membres étaient formés à l’utilisation des armes et un grand nombre d’armes étaient disponibles dans des dépôts secrets.

En mars 1933, les cheminots autrichiens se mirent en grève. Le 4 mars, le Parlement devait voter sur les mesures à prendre contre les grévistes. Le chancelier Engelbert Dollfuß utilisa des prétextes liés au règlement intérieur et déclara l’"autodissolution" du Parlement. Le gouvernement chrétien-social s’appuya alors sur le droit d’ordonnance d’urgence établi par la loi d’habilitation de l’économie de guerre de 1917 et jamais formellement aboli, donc sans législation parlementaire, fit supprimer la Cour constitutionnelle, restreindre la liberté de presse et d’opinion et décréta l’interdiction de la grève. Le Schutzbund fut interdit.

Le 21 janvier 1934, la vente du journal social-démocrate Arbeiter-Zeitung fut interdite, trois jours plus tard, les social-démocrates furent définitivement dépossédés de leur pouvoir et l’ordre fut donné de perquisitionner les locaux du parti et les appartements à la recherche d’armes du Schutzbund. Jusqu’aux derniers jours précédant les évènements de février, Karl Renner, Otto Bauer et d’autres responsables avaient fait des offres d’apaisement au gouvernement Dollfuß. Le secrétaire du parti de Haute-Autriche et président du Schutzbund, Richard Bernaschek, devint le porte-parole d’une opposition de gauche social-démocrate. Lorsque, au petit matin du 12 février 1934, des membres du Schutzbund, sous sa direction, s’opposèrent armés à une recherche d’armes initiée par la police au siège régional du parti, une guerre civile sanglante commença et dura quatre jours. La lutte s’est déroulée dans des conditions extrêmement défavorables dès le début, par la faute et les négligences des dirigeants social-démocrates : la plupart des commandants supérieurs du Schutzbund avaient déjà été arrêtés auparavant, ce qui a rendu inaccessibles de nombreux dépôts d’armes secrets; la grève générale absolument nécessaire de la masse des travailleurs n’a pas eu lieu ou seulement de manière incomplète; là où l’on s’est armé aux points de rassemblement, on a généralement suivi l’ordre de ne faire usage des armes qu’au moment où l’exécutif devait attaquer. Le Parti communiste (KPÖ) n’a pris qu’une part limitée aux combats, les communistes n’ont pas eu accès aux stocks d’armes du Schutzbund.

Le bras armé du pouvoir d’État bourgeois, l’armée fédérale, la police, la gendarmerie et les Heimwehr austro-fascistes engagées comme forces auxiliaires ont agi contre les ouvriers avec une dureté et une brutalité extrêmes. Les maisons des ouvriers à Vienne, Linz, Steyr, Bruck an der Mur ont été la cible de tirs d’artillerie. Du 14 au 21 février, 21 condamnations à mort ont été prononcées dans le cadre de la procédure de loi martiale dont neuf ont été exécutées par pendaison. Plus de 10.000 combattants de février, membres du Schutzbund, responsables ouvriers, furent arrêtés; 1.200 d’entre eux furent condamnés à de lourdes peines de prison d’une durée totale de 1.400 ans.

L’insurrection fut suivie de l’interdiction du Parti social-démocrate, des syndicats, de toutes les organisations ouvrières social-démocrates ainsi que des représentations communales et régionales dirigées par les sociaux-démocrates.

Avec une nouvelle constitution du 1er mai 1934, l’Autriche est devenue un État gouverné de manière autoritaire : il n’y avait plus qu’une seule organisation politique, le Vaterländische Front, tous les autres partis étant interdits. Le chef fédéral du Vaterländische Front était Engelbert Dollfuß. Il n’y avait pas d’élections, le gouvernement devait être conseillé par des représentants des professions, mais cela n’a pas été mis en oeuvre. Au lieu de cela, Dollfuß a continué à gouverner de manière dictatoriale à l’aide de décrets.