Autriche 1918 – 1945
Annotations historiques :
Syndicats libres

 

Outre un grand nombre de petites associations syndicales indépendantes, il existait déjà 10 associations syndicales centrales après le congrès social-démocrate de Hainfeld en 1888/1889. En 1892, près de 200 associations professionnelles social-démocrates se sont regroupées en une "Commission provisoire des syndicats autrichiens". C’est dans ce contexte que le premier congrès syndical s’est tenu à Vienne en décembre 1893. Les associations participantes représentaient environ 50.000 membres et mirent en place une commission syndicale qui, en tant qu’organe de coordination, devait faire avancer la poursuite du processus de concentration du mouvement syndical.

Après la Première Guerre mondiale et l’effondrement de la monarchie des Habsbourg, le mouvement syndical a connu une forte poussée. En 1921, les syndicats libres comptaient plus d’un million de membres.

D’un point de vue organisationnel, le regroupement de tous les syndicats d’orientation sociale-démocrate, décidé lors du dixième congrès syndical en 1928, constitue un tournant décisif. Cette "Confédération des syndicats libres en Autriche" nouvellement créée est structurée par groupes industriels et comprend 38 syndicats et 7 associations syndicales avec plus de 650.000 membres. L’appellation "syndicats libres" sert à la démarcation vis-à-vis des syndicats qui ne sont pas d’orientation sociale-démocrate.

À cette époque, les syndicats "indépendants" ou "jaunes", constitués en 1928 à Leoben, font office de "contre-fondation" à l’égard des syndicats libres. Ils sont politiquement proches du mouvement de Heimwehr et, en raison de leur renoncement à des mesures de lutte comme les grèves, ils sont soutenus par de grandes entreprises autrichiennes comme la Oesterreichisch-Alpine Montangesellschaft. Il existe également des syndicats chrétiens, dont le nombre d’adhérents atteignait près de 130.000 personnes en 1932. Les nationalistes allemands, le Parti communiste autrichien ("Opposition syndicale rouge") ainsi que les national-socialistes (organisations de cellules d’entreprise nationales-socialistes) entretiennent des organisations syndicales plus petites.

Suite à la guerre civile autrichienne de 1934 ("combats de février"), les syndicats libres ont été dissous et interdits par le régime austro-fasciste. Ils sont remplacés par le "Gewerkschaftsbund der österreichischen Arbeiter und Angestellten" (Fédération syndicale des ouvriers et employés autrichiens), une institution de droit public créée par le gouvernement. Ce nouveau syndicat unitaire, dirigé de manière autoritaire, a reçu tous les biens confisqués des syndicats libres et compte 368.000 membres à la fin de l’année 1936. Durant ces années, les militants des syndicats libres poursuivent leurs activités dans l’illégalité. C’est ainsi qu’en février 1934, une direction syndicale illégale, le "Siebenerkomitee" (comité des sept), s’est formée dans l’arrondissement viennois de Hernals; une autre centrale illégale, la "Wiederaufbaukommission" (commission de reconstruction), a été créée à Bratislava, en Slovaquie.

La situation s’est encore aggravée avec l’entrée des national-socialistes en Autriche en mars 1938. La "Fédération des syndicats" austro-fasciste a été dissoute et ses membres ont été intégrés au "Front du travail allemand".