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Autriche 1918 – 1945 |
Le traité d’État de Saint Germain en Laye de 1919 a réglé avec précision les affaires militaires. En ce qui concerne la force armée (c’est-à-dire la future armée fédérale), la République d’Autriche s’est vu imposer de très larges restrictions de souveraineté, dont le respect devait être contrôlé jusqu’à dix ans après la conclusion de l’armistice. Deux articles du traité d’État interdisaient en outre les formations paramilitaires. La Constitution fédérale autrichienne de 1920 ne mentionne que l’armée fédérale, la loi sur la défense de la même année interdisant la constitution non autorisée d’une force armée. L’existence d’associations de défense reposait uniquement sur le droit des associations et, sur la base des lois mentionnées précédemment, il en résulte une interdiction de l’activité militaire.
Les unités de milices volontaires formées à l’origine après la Première Guerre mondiale sont désignées par le terme générique de "Heimwehr" (ou les variantes Heimwehren, Heimatwehr, Heimatschutz, Heimatdienst, Selbstschutzverband).
Les clauses militaires du traité d’État ont été contrôlées par une commission de contrôle interalliée. Après l’annonce des clauses militaires, de grandes quantités d’armes ont été soustraites à la remise aux commissions de contrôle interalliées en étant attribuées à des formations armées (des milices ouvrières et civiles). Julius Deutsch, membre du SDAPDÖ, déclara en 1920 à un officier britannique, alors qu’il était secrétaire d’État à l’armée, que les Alliés devaient inciter l’Autriche à "en finir avec la Bürgerwehr, la Heimwehr et la Arbeiterwehr". Les officiers britanniques et le ministère de la Guerre britannique ont insisté à plusieurs reprises sur le désarmement, mais sans succès. En 1920, le commissaire de police Johannes Schober déclara à l’ambassadeur britannique que le gouvernement avait d’abord besoin d’une force armée fiable et que ce n’est qu’ensuite que l’on pourrait procéder au désarmement des ouvriers et des paysans. En réalité, une action de désarmement n’a probablement été menée qu’à Vienne par le biais d’une ordonnance.
L’élection de l’Assemblée nationale constituante en 1919 a été suivie par la formation d’une grande coalition entre le parti chrétien-social et le parti social-démocrate. La question d’un règlement de service de l’armée fédérale a conduit à la dissolution de la coalition par les chrétiens-sociaux dès 1920. Par la suite, l’armée a été épurée des influences sociales-démocrates.
En 1924, le SDAPDÖ fonda la Republikanischer Schutzbund (Ligue républicaine de protection), issue des milices ouvrières (structurées en compagnies, bataillons et régiments, uniforme uniforme) et du mouvement ouvrier pour faire contrepoids à la Volkswehr (armée fédérale), sur laquelle les sociaux-démocrates avaient perdu toute influence depuis qu’ils avaient quitté le gouvernement autrichien.
En 1926, des unités de milices de volontaires se sont regroupées au niveau fédéral (dans le Vorarlberg, le Tyrol, la Styrie, la Carinthie, Salzbourg et la Haute-Autriche) pour former le « Bund alpenländischer Selbstschutzverbände » (fédération des associations d’autodéfense des Alpes) ; en 1927, cette fédération s’est unie aux fédérations de Vienne, de Basse-Autriche et du Burgenland et une direction fédérale de la “Heimwehr” (également appelée « Heimatschutz ») a été élue. Le 2 septembre 1930, Ernst von Starhemberg devint le chef fédéral.
En 1926, le désarmement de l’Autriche et les activités des formations paramilitaires ont attiré l’attention des puissances de l’Entente et des mesures, c’est-à-dire la cessation de toutes leurs activités militaires, ont été exigées lors de la conférence des ambassadeurs à Paris. Une loi en ce sens fut promulguée en décembre 1926 et complétée trois mois plus tard par un décret. L’Entente devait surveiller l’exécution par le biais d’un organe de liquidation, non pas pour les associations de défense elles-mêmes, mais pour réprimer leur aspect militaire. Pour le gouvernement autrichien, c’était l’occasion de saisir les stocks d’armes illégaux de la Schutzbund, notamment celui de l’arsenal de l’Hôtel de Ville. Le gouvernement autrichien a ainsi eu l’occasion de confisquer les stocks d’armes illégaux du Schutzbund, notamment celui de l’Arsenal en 1927. Une telle action n’a pas eu lieu contre la Heimwehr.
Le 18 octobre 1929, le gouvernement du chancelier Johannes Schober a présenté un projet d’amendement de la Constitution. La nouvelle constitution a été adoptée le 7 décembre avec les voix de tous les partis. Elle comprenait entre autres un transfert de pouvoir du Parlement vers le président fédéral.
Le chef de l’État, qui n’est plus élu pour six ans par l’Assemblée fédérale mais directement par le peuple, a désormais le commandement suprême de l’armée fédérale, peut convoquer et dissoudre le Conseil national, nommer le gouvernement et le renvoyer. En dehors des sessions parlementaires, il dispose d’un droit très limité d’émettre des ordonnances d’urgence. Les politiciens actifs ont été exclus en tant que membres de la Cour constitutionnelle et ont dû être remplacés par des experts juridiques. Le droit de nomination des juges par le Parlement a été considérablement limité et en partie transféré au président fédéral sur proposition du gouvernement fédéral. Les compétences fédérales ont été étendues de manière non négligeable dans certains domaines, notamment par le transfert des affaires de la police de sécurité à la Fédération.
Lors de la réunion du Conseil des ministres du 20 décembre 1929, Schober a estimé qu’il fallait faire une loi menaçant de sanctions draconiennes toute possession d’armes. La Heimwehr, qui se réclame du gouvernement, devrait bénéficier d’une position privilégiée, de sorte qu’elle puisse être équipée d’armes à tout moment par le gouvernement.
La loi sur la défense nationale ("Waffenpatent") de 1852 énumérait les armes et les munitions interdites. Pour les posséder, il fallait une autorisation écrite, tout comme pour les fabriquer et les vendre ; en règle générale, ces activités étaient réservées aux artisans et aux commerçants. La possession d’armes et de munitions autres que celles énumérées était en principe autorisée à toute personne ; une autorisation spéciale (permis de port d’armes) était nécessaire pour porter ces armes. La possession et le port non autorisés d’armes et de munitions étaient punissables.
En 1930, la patente d’armes a été amendée dans le but de désarmer les formations paramilitaires : Le chancelier fédéral était ainsi autorisé à limiter les pouvoirs de la patente d’armes concernant la possession et le port d’armes et de munitions. L’amendement du code pénal de 1932 a attribué le port d’armes non autorisé aux autorités administratives. Cet amendement au permis de port d’armes a entraîné un transfert de compétence du pouvoir de port d’armes des gouverneurs de province au chancelier fédéral. Malgré les protestations de la Heimwehr, la loi a été adoptée par le Conseil national le 17 juin.
Le 30 mars 1933, le Republikanische Schutzbund fut dissous par les autorités et les membres qui en faisaient partie à cette date se virent interdire la possession ou le port d’armes et de munitions[1]. En revanche, peu après, la défense à domicile a été institutionnalisée par des décrets adoptés sur la base de la loi du 24 juillet 1917 (« Kriegswirtschaftliches Ermächtigungsgesetz ») : le 1er et le 2e décret sur le corps d’assistance du 26 mai 1933, le décret sur le corps de protection du 7 juillet 1933, ainsi que le décret du 1er septembre 1933 qui modifiait la loi sur le service militaire[2].
Engelbert Dollfuß, chancelier fédéral à partir de mai 1932, nomma Starhemberg, chef de la Heimwehr, vice-chancelier. Le 20 mai 1933, le « Front patriotique » (VF) est créé en tant qu’organisation politique non partisane du régime de l’État corporatif. Le 1er mai 1934, une nouvelle constitution, basée sur le principe des états, entre en vigueur. Parallèlement, une loi fédérale concernant le « Front patriotique » est adoptée, qui stipule que "l’ensemble des personnes physiques et morales qui font partie du Front patriotique constituent une association de droit public fondée sur des bases autoritaires. Le Front patriotique est doté de la personnalité juridique. L’Association du Front patriotique a pour vocation d’être le vecteur de l’idée d’État autrichien. Son but est de regrouper politiquement tous les ressortissants qui se trouvent sur le sol d’un État fédéral autrichien indépendant, chrétien, allemand, structuré en professions et qui se soumettent au dirigeant actuel du Front patriotique ou au successeur désigné par celui-ci".
Après l’assassinat de Dollfuss dans le cadre de la tentative de putsch national-socialiste en juillet 1934, Starhemberg resta vice-chancelier, reprit divers ministères, mais c’est Kurt Schuschnigg (1897-1977) qui fut nommé chancelier fédéral. Il mena à bien la démilitarisation des unités militaires restantes. Tout d’abord, en octobre 1935, elles furent regroupées sous le nom de « milice volontaire de protection de la patrie autrichienne » et en avril 1936, le service fédéral obligatoire (un mélange de service militaire et de service du travail) fut introduit, contre lequel la défense de la patrie s’était violemment opposée. En mai 1936, Schuschnigg écarta Starhemberg de son cabinet, prit lui-même la direction du Front patriotique et créa en juin une nouvelle organisation de milice sous le nom de « Frontmiliz » en faisant appel à l’ancienne « milice volontaire – Österreichischer Heimatschutz ». La mission de la Frontmiliz, en tant que formation volontaire, était d’organiser tous les Autrichiens prêts à servir dans les armes en tant que groupe exécutif du VF. La Frontmiliz devint une partie intégrante de la VF, créant ainsi une base pour la dissolution et l’intégration des formations militaires volontaires dans la VF. A partir de ce moment, les autres associations de volontaires en dehors de la milice du front n’étaient pas autorisées à porter des armes. En août, le Corps de protection, créé en juillet 1933, a également été intégré.
Les associations de défense existantes jusqu’alors (Heimwehr, Ostmärkische Sturmscharen, Freiheitsbund et Christlich-deutsche Turner), dont la dissolution avait été ordonnée mais n’avait pas pu être réalisée, furent dissoutes en octobre 1936 avec intégration de leurs éléments dans la Frontmiliz. En juillet 1937, la milice du front fut intégrée à la force armée, et le commandement général de la milice du front fut placé sous l’autorité du ministère fédéral de la Défense nationale.
[1]. Bundesgesetzblatt 1933, Nr. 97, Verordnung vom 30. März 1933.
https://alex.onb.ac.at/cgi-content/alex?aid=bgb&datum=19330004&seite=00000381
Le règlement concerne « tous les Länder à l’exception du Tyrol et du Vorarlberg ». Cette restriction est liée à la particularité que dans ces Länder, l’influence des nationaux-socialistes allemands était particulièrement forte.
[2]. Bundesgesetzblatt 1933, Stück 64, 31. Mai, Nr. 201, Verordnung 26. Mai 1933.
https://alex.onb.ac.at/cgi-content/alex?aid=bgb&datum=19330004&seite=00000527
Bundesgesetzblatt 1933, Stück 91, 12. Juli, Nr. 292, Verordnung 7. Juli 1933.
https://alex.onb.ac.at/cgi-content/alex?aid=bgb&datum=19330004&seite=00000757
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