Abusiam (Jaffa) :
Le Premier Mai 1928 en Palestine [1]
(19 mai 1928)
Les temps sont révolus où les dominateurs impérialistes de Palestine er leur garde de corps sioniste regardaient encore avec mépris le mouvement ouvrier. Le "danger rouge" en Orient arabe s’approche sensiblement et menace l’impérialisme anglais et français de plus d’un côté. "L’épidémie bolchéviste" a atteint aussi le mouvement de libération nationale des tribus arabes.
La différenciation d’après les classes de la campagne patriarcale et féodale s’accomplit à pas de géants. A la campagne, la lutte des classes a remplacé les rapports patriarcaux. Déjà les organisations de classes ne sont plus des nouveautés sur les routes d’Arabie et la population arabe sait déjà ce que c’est que des conflits de classes. Les organisations ouvrières et les syndicats arabes sont en croissance. Après une longue interruption, voilà qu’apparaissent à nouveau des ouvrages imprimés en caractères arabes, mais cette fois ce sont des oeuvres de littérature ouvrière.
Mais l’espionnage, la censure, les arrestations comme d’une façon générale les poursuites de toute sorte de mouvement ouvrier, que ce soient les organisations des ouvriers juifs ou celles des ouvriers indigènes ne se sont pas fait attendre.
Malgré l’illégalité qui gène fortement le travail du P.C. de Palestine, le Premier Mai fut la preuve d’une influence croissante du mouvement ouvrier révolutionnaire. Sous la pression des masses les réformistes se sont vu même obligés de reprendre leur revendication d’un repos général le Premier Mai. Dans un certain nombre de localités, des manifestations que les réformistes se représentaient comme une excitation contre l’Union soviétique et le communisme, se sont transformées en démonstrations de solidarité avec l’Union soviétique, en manifestations antiimpérialistes et antisionistes comme par exemple à Jérusalem.
Ce qui mérite notre attention, c’est le fait que cette année pour la première fois des organisations ouvrières arabes ont participé unanimes à la démonstration de mai, comme par exemple à Jaffa, les syndicats arabes des typographes ainsi que des ouvriers des transports fondés l’an passé.
Le P.C. de Palestine a édité pour le Premier Mai de la littérature, des appels et des tracts en langue arabe et juive. Avec des transparents, des affiches et des drapeaux rouges, on a manifesté à Jérusalem, à Jaffa et à Haïfa, bien que toute la Palestine ait été mise le Premier Mai en état de siège.
C’est la participation des ouvriers arabes à cette fête qui témoigne avant tout, parallèlement à beaucoup d’autres symptômes, d’une résurrection du mouvement révolutionnaire arabe de libération qui a maintenant triomphé d’une longue période de désorganisation interne. Le mouvement de libération arabe manque avant tout d’organisation et cette lacune ne pourra être comblée que si le mouvement prolétarien révolutionnaire fait valoir sa force d’organisation et de direction.
La classe ouvrière en Palestine est numériquement encore faible, elle n’a qu’un court développement derrière elle, elle ne dispose pas de fortes organisations, le paysan autochtone ne sait ni lire ni écrire et il est dans l’esclavage; c’est pourquoi il ne nous est pas encore possible de mener à la bataille de grandes masses comme en Europa.
Le Premier Mai 1928 a montré que la jeune organisation communiste en Palestine, qui mène la lutte comme une avant-garde relativement infime, a soutenu brillamment l’épreuve.
![bandeau_site_rocml[1] ROCML- Documents de référence ML](https://www.rocml.org/References-ML/wp-content/uploads/2024/10/bandeau_site_rocml1.png)