BOB (Jaffa) :
Les troubles agraires en Palestine [1]
(4 octobre 1930)

À Genève, des discours diplomatiques d’une belle envolée oratoire sont prononces à propos du problème de Palestine, mettant toujours au premier plan le "souci" de faire le bien de la population; les représentants du social-impérialisme britannique (Henderson, Drummond Shiels et Co) font tantôt appel à la compassion du monde pour les "tâches difficiles" qui leur incombent dans ce pays, tantôt chantent louanges de leurs agents et de leurs fonctionnaires, responsables des plus viles mesures d’oppression et de violence. Et pendant ce temps, la politique de rapine impériale suit cours en Palestine.

L’occupation est continuellement renforcée. Presque chaque mois, de nouveaux régiments affluent dans ce petit pays ‑ soit pour compléter la police, soit pour renforcer la garnison, soit pour être acclimatés sur la route de l’Inde, soit pour un séjour "temporaire". Les visites de la flotte de guerre britannique se font de plus en plus fréquentes. Les aérodromes existant déjà sont perfectionnés en vue de la guerre, de nouveaux aérodromes sont construits. Tout cela doit  servir à inspirer à la population le respect et la crainte de  impérialisme britannique. Le même but est visé par la persécution des révolutionnaires, avant tout des communistes arabes et juifs, qu’on a déjà plus de dix fois "exterminé", "anéanti" et "liquidé" (si l’on en croit la presse locale qui le constate chaque fois avec ivresse) et dont on découvre pourtant sans cesse de nouveaux "nids"; il en est de même pour l’étranglement impitoyable de la liberté de presse et de réunion.

Sous la protection des baïonnettes britanniques, les aventuriers sionistes croient maintenant le moment venu de renouveler leur campagne de conquête contre les Arabes, campagne interrompue par l’insurrection d’Aout. Les nouveaux actes de conquête des sionistes ont déjà eu pour conséquence de sérieux troubles agraires et même des collisions sanglantes.

Il s’agit de la région très disputée de Wadi Hawaras. Les sionistes veulent en chasser les 1.200 fellahs et Bédouins qui habitent ce territoire et en travaillent le sol, pour installer à leur place un millier de "halutsim", pionniers juifs. Les fellahs n’ont rien au monde que leur sol et leurs troupeaux. Même quand le riche propriétaire foncier (effendi) a vendu ce sol aux sionistes, ces fellahs n’ont jamais reconnu cette affaire commerciale conclue par-dessus leurs tètes entre les sionistes et les grands propriétaires fonciers. Au contraire, lorsque les soldats britanniques vinrent pour chasser par  la violence les habitants du Wadi, ils se heurtèrent à une résistance opiniâtre et désespérée, à laquelle participèrent aussi les femmes et les enfants des petits paysans. Malgré que de nombreux fellahs aient été blessés et de nombreux autres arrêtés, en dépit du fait qu’on ait envoyé de nouveaux renforts de troupes sur le territoire des troubles agraires, les paysans n’ont pas livré leur terre. Ils ont fait subir des pertes aux troupes de police et des colons sionistes arrivant à l’abri de leurs baïonnettes. La "pacification" n’a pas réussi et les combats continuent.

Il est certain que ces troubles ne demeureront pas sans écho dans toute la Palestine et dans les pays arabes avoisinants. La commission d’enquête impérialiste de Sir Walter Shaw elle-même, étudiant la question du soulèvement de Palestine, a dû reconnaitre qu’un des principaux motifs du soulèvement fut la "crainte des fellahs arabes de subir le même sort que les habitants de Wadi Hawaras".

Mais la lutte contre la politique de piraterie impérialiste et sioniste ne peut pas être menée sous la direction des nationalistes traitres. Pour être victorieux, ce mouvement doit voir surgir à sa tète les ouvriers et leur parti communiste. Les mots d’ordre du P.C. pénètrent de plus en plus profondément dans les masses; ils appellent les fellahs pauvres et les ouvriers à la solidarité avec les paysans de Wadi Hawaras; ils expliquent également aux ouvriers juifs que leur place n’est pas aux côtés des soldats britanniques et des "halutsim", mais dans le front antiimpérialiste des travailleurs arabes. C’est seulement sous ces mots d’ordre que le mouvement agraire sporadique peut s’élargir jusqu’à devenir une véritable révolution agraire contre les impérialistes, les sionistes et les grands  propriétaires fonciers arabes.

 



[1]Correspondance internationale, , no 84, 10e année, 4 octobre 1930, p. 1902.