Autriche 1918 – 1945

Documents :
Béla Kun – Marx, Engels, Lénine, Staline

 

Les tableaux présentés ici constituent un complètement au texte "Les combats de février en Autriche et leurs leçons" de Béla Kun (voir ce texte ici). Ils reprennent les citations figurant dans ce texte, en indiquant l’origine de provenance des passages dans les oeuvres des auteurs. Les morceaux apparaissant dans le texte de Béla Kun sont marqués en couleur.

Karl Marx, Friedrich Engels

 

 

Karl Marx – Friedrich Engels
L’Idéologie allemande (1845-1846)
Paris, Éditions sociales, 1975
Ici p. 72-73

Karl Marx – Friedrich Engels
Die deutsche Ideologie (1845-1846)
Werke, Band 3; Berlin, Dietz Verlag, 1978
Hier S. 69-70

La conception de l’histoire que nous venons de développer nous donne encore finalement les résultats suivants :

[…]

4. Une transformation massive des hommes s’avère nécessaire pour la création en masse de cette conscience communiste, comme aussi pour mener à bien la chose elle-même ; or, une telle transformation ne peut s’opérer que par un mouvement pratique, par une révolution ; cette révolution n’est donc pas seulement rendue nécessaire parce qu’elle est le seul moyen de renverser la classe dominante, elle l’est également parce que seule une révolution per mettra à la classe qui renverse l’autre de balayer toute la pourriture du vieux système qui lui colle après et de devenir apte à fonder la société sur des bases nouvelles.

Schließlich erhalten wir noch folgende Resultate aus der entwickelten Geschichtsauffassung:

[…]

4. daß sowohl zur massenhaften Erzeugung dieses kommunistischen Bewußtseins wie zur Durchsetzung der Sache selbst eine massenhafte Veränderung der Menschen nötig ist, die nur in einer praktischen Bewegung, in einer Revolution vor sich gehen kann; daß also die Revolution nicht nur nötig ist, weil die herrschende Klasse auf keine andre Weise gestürzt werden kann, sondern auch, weil die stürzende Klasse nur in einer Revolution dahin kommen kann, sich den ganzen alten Dreck vom Halse zu schaffen und zu einer neuen Begründung der Gesellschaft befähigt zu werden.

Karl Marx

 

 

Karl Marx, Le Capital – Livre premier
Paris, Éditions sociales, 1969
Préface de la première édition
ici p. 18-19.

Karl Marx, Das Kapital, Buch I
Hamburg, Verlag Otto Meissner, 1867
Vorwort, hier S. IX-X

Le physicien pour se rendre compte des procédés de la nature, ou bien étudie les phénomènes lorsqu’ils se présentent sous la forme la plus accusée, et la moins obscurcie par des influences perturbatrices, ou bien il expérimente dans des conditions qui assurent autant que possible la régularité de leur marche. J’étudie dans cet ouvrage le mode de production capitaliste et les rapports de production et d’échange qui lui correspondent. L’Angleterre est le lieu classique de cette production. Voilà pourquoi j’emprunte à ce pays les faits et les exemples principaux qui servent d’illustration au développement de mes théories. Si le lecteur allemand se permettait un mouvement d’épaules pharisaïque à propos de l’état des ouvriers anglais, industriels et agricoles, ou se berçait de l’idée optimiste que les choses sont loin d’aller aussi mal en Allemagne, je serais obligé de lui crier : De te fabula narratur.

Il ne s’agit point ici du développement plus ou moins complet des antagonismes sociaux qu’engendrent les lois naturelles de la production capitaliste, mais de ces lois elles-mêmes, des tendances qui se manifestent et se réalisent avec une nécessité de fer. Le pays le plus développé industriellement ne fait que montrer à ceux qui le suivent sur l’échelle industrielle l’image de leur propre avenir.

Mais laissons de côté ces considérations. Chez nous, là où la production capitaliste a pris pied, par exemple dans les fabriques proprement dites, l’état des choses est de beaucoup plus mauvais qu’en Angleterre, parce que le contrepoids des lois anglaises fait défaut. Dans toutes les autres sphères, nous sommes, comme tout l’ouest de l’Europe continentale, affligés et par le développement de la production capitaliste, et aussi par le manque de ce développement. Outre les maux de l’époque actuelle, nous avons à supporter une longue série de maux héréditaires provenant de la végétation continue de modes de production qui ont vécu, avec la suite des rapports politiques et sociaux à contretemps qu’ils engendrent. Nous avons à souffrir non seulement de la part des vivants, mais encore de la part des morts. Le mort saisit le vif !

Der Physiker beobachtet Naturprozesse entweder dort, wo sie in der prägnantesten Form und von störenden Einflüssen mindest getrübt erscheinen, oder, wo möglich, macht er Experimente unter Bedingungen, welche den reinen Vorgang des Prozesses sichern. Was ich in diesem Werk zu erforschen habe, ist die kapitalistische Produktionsweise und die ihr entsprechenden Produktions- und Verkehrsverhältnisse. Ihre klassische Stätte ist bis jetzt England. Dies der Grund, warum es zur Hauptillustration meiner theoretischen Entwicklung dient. Sollte jedoch der deutsche Laser pharisäisch die Achseln zucken über die Zustände der englischen Industrie- und Ackerbauarbeiter oder sich optimistisch dabei beruhigen, daß in Deutschland die Sachen noch lange nicht so schlimm stehn, so muß ich ihm zurufen: De te fabula narratur! <Über dich wird hier berichtet!>

An und für sich handelt es sich nicht um den höheren oder niedrigeren Entwicklungsgrad der gesellschaftlichen Antagonismen, welche aus den Naturgesetzen der kapitalistischen Produktion entspringen. Es handelt sich um diese Gesetze selbst, um diese mit eherner Notwendigkeit wirkenden und sich durchsetzenden Tendenzen. Das industriell entwickeltere Land zeigt dem minder entwickelten nur das Bild der eignen Zukunft.

Aber abgesehn hiervon. Wo die kapitalistische Produktion völlig bei uns eingebürgert ist, z.B. in den eigentlichen Fabriken, sind die Zustände viel schlechter als in England, weil das Gegengewicht der Fabrikgesetze fehlt. In allen andren Sphären quält uns, gleich dem ganzen übrigen kontinentalen Westeuropa, nicht nur die Entwicklung der kapitalistischen Produktion, sondern auch der Mangel ihrer Entwicklung. Neben den modernen Notständen drückt uns eine ganze Reihe vererbter Notstände, entspringend aus der Fortvegetation altertümlicher, überlebter Produktionsweisen, mit ihrem Gefolg von zeitwidrigen gesellschaftlichen und politischen Verhältnissen. Wir leiden nicht nur von den Lebenden, sondern auch von den Toten. Le mort saisit le vif! [Französisch im original : Der Tote packt den Lebenden!]

 

 

 

Karl Marx, La Guerre civile en France 1871 –
Second manifeste du Conseil général
sur la guerre franco-prussienne
Paris, Bureau d’Éditions, 1933
ici p. 96

Der Bürgerkrieg in Frankreich –
Adresse des Generalrats
der Internationalen Arbeiterassoziation
Berlin, Verlag der Expedition des "Vorwärts",
Berliner Volksblatt, 1891
hier S. 62
(30. Mai 1871)

L’héroïque esprit de sacrifice avec lequel la population de Paris – hommes, femmes et enfants – combattit pendant huit jours après l’entrée des Versaillais, reflète aussi bien la grandeur de leur cause que les exploits infernaux de la soldatesque reflètent l’esprit inné de cette civilisation dont ils sont les mercenaires et les défenseurs. Glorieuse civilisation, certes, dont le grand problème est de savoir comment se débarrasser des monceaux de cadavres qu’elle a faits, une fois la bataille passée.

Der selbstopfernde Heldenmut, womit das Pariser Volk – Männer, Weiber und Kinder – acht Tage lang nach dem Einrücken der Versailler fortkämpften, strahlt ebensosehr zurück die Größe ihrer Sache, wie die höllischen Taten der Soldateska zurückstrahlen den eingebornen Geist jener Zivilisation, deren gemietete Vorkämpfer und Rächer sie sind. Eine ruhmvolle Zivilisation in der Tat, deren Lebensfrage darin besteht: wie die Haufen von Leichen loswerden, die sie mordete, nachdem der Kampf vorüber war!

 

 

Friedrich Engels

 

 

Friedrich Engels, Révolution et contre-révolution en Allemagne,
Paris, Éditions sociales internationales, 1935.
XVII – L’Insurrection, 18 septembre 1852
ici p. 124-125

Karl Marx, Revolution und Kontre-Revolution in Deutschland, J.H.W. Dietz Nachfolger G.m.b.H., 1922,
Ins Deutsche übertragen von K[arl] Kautsky.
Kapitel 17 – Die Demokratie am Ruder, 18. September 1852

Or, l’insurrection est un art au même titre que la guerre ou n’importe quel autre art et soumis à certaines règles dont la négligence entraîne la ruine du parti qui s’en rend coupable. Ces règles, qui sont des déductions de la nature des partis et des circonstances avec lesquels on a à compter en pareil cas, sont tellement claires et simples que la courte expérience de 1848 suffisait pour les apprendre aux Allemands. Premièrement, ne jouez jamais avec l’insurrection si vous n’êtes pas décidés à affronter toutes les conséquences de votre jeu. L’insurrection est un calcul avec des grandeurs inconnues dont la valeur peut varier tous les jours ; les forces que vous combattez ont sur vous l’avantage de l’organisation, de la discipline et de l’autorité traditionnelle ; si vous ne pouvez leur opposer des forces supérieures, vous êtes battus, vous êtes perdus. Deuxièmement, une fois entrés dans la carrière révolutionnaire, agissez avec la plus grande détermination et prenez l’offensive. La défensive est la mort de tout soulèvement armé ; il est ruiné avant de s’être mesuré avec l’ennemi. Attaquez vos ennemis à l’improviste, pendant que leurs troupes sont éparpillées ; faites en sorte de remporter tous les jours de nouveaux succès, si petits soient-ils ; maintenez l’ascendant moral que vous aura valu le premier soulèvement victorieux ; ralliez autour de vous les éléments flottants qui toujours suivent l’impulsion la plus forte et se rangent toujours du côté le plus sûr ; forcez vos ennemis à battre en retraite avant qu’ils aient pu réunir leurs forces contre vous ; suivant le mot de Danton, le plus grand maître en tactique révolutionnaire connu jusqu’ici : de l’audace, de l’audace, encore de l’audace !

Nun ist der Aufstand eine Kunst ebenso wie der Krieg oder andere Künste, und gewissen Regeln unterworfen, deren Vernachlässigung zum Verderben der Partei führt, die sich ihrer schuldig macht. Diese Regeln, logische Folgerungen aus dem Wesen der Parteien und der Verhältnisse, mit denen man in solchem Falle zu thun hat, sind so klar und einfach, daß die kurze Erfahrung von 1848 die Deutschen ziemlich bekannt mit ihnen gemacht hatte. Erstens darf man nie mit dem Aufstand spielen, wenn man nicht entschlossen ist, allen Konsequenzen des Spiels Trotz zu bieten. Der Aufstand ist eine Rechnung mit höchst unbestimmten Größen, deren Werth sich jeden Tag ändern kann; die Streitkräfte, gegen die man zu kämpfen hat, haben den Vortheil der Organisation, Disziplin und der herkömmlichen Autorität ganz auf ihrer Seite; kann man nicht große Gegenmächte dagegen aufbringen, so wird man geschlagen und vernichtet. Zweitens, ist der Aufstand einmal begonnen, dann handle man mit der größten Entschiedenheit und ergreife die Offensive. Die Defensive ist der Tod jeder bewaffneten Erhebung; diese ist verloren, ehe sie sich noch mit dem Feinde gemessen hat. Ueberrasche die Gegner, so lange ihre Truppen zerstreut sind, sorge täglich für neue, wenn auch kleine Erfolge; halte das moralische Uebergewicht fest, das die. erste erfolgreiche Erhebung dir gebracht; ziehe jene schwankenden Elemente an dich, die immer dem stärksten Anstoß folgen und sich immer auf die sicherere Seite schlagen; zwinge deine Feinde zum Rückzug, bevor sie ihre Kräfte gegen dich zusammenfassen können; kurz, nach den Worten Dantons, des größten bisher bekannten Meisters revolutionärer Taktik: [Französisch im original] de l’audace, de I’audace, encore de l’audace!

 

 

 

Revolution and Counter-Revolution in Germany
New York Tribune, 1851-1852
Chapter 17 – Insurrection, September 18, 1852

 

Now, insurrection is an art quite as much as war or any other, and subject to certain rules of proceeding, which, when neglected, will produce the ruin of the party neglecting them. Those rules, logical deductions from the nature of the parties and the circumstances one has to deal with in such a case, are so plain and simple that the short experience of 1848 had made the Germans pretty well acquainted with them. Firstly, never play with insurrection unless you are fully prepared to face the consequences of your play. Insurrection is a calculus with very indefinite magnitudes, the value of which may change every day; the forces opposed to you have all the advantage of organization, discipline, and habitual authority: unless you bring strong odds against them you are defeated and ruined. Secondly, the insurrectionary career once entered upon, act with the greatest determination, and on the offensive. The defensive is the death of every armed rising; it is lost before it measures itself with its enemies. Surprise your antagonists while their forces are scattering, prepare new successes, however small, but daily; keep up the moral ascendancy which the first successful rising has given to you; rally those vacillating elements to your side which always follow the strongest impulse, and which always look out for the safer side; force your enemies to a retreat before they can collect their strength against you; in the words of Danton, the greatest master of revolutionary policy yet known, de l’audace, de l’audace, encore de l’audace!

 

 

 

Friedrich Engels, Introduction à
K. Marx – Les luttes de classes en France
(écrit 18995)
dans :
Les luttes de classes en France – 1848-1850
Paris, Éditions Sociales, 1952

Friedrich Engels, Einleitung zu
Karl Marx’ "Klassenkämpfe in Frankreich 1848 bis 1850", geschrieben 1895
in :
Karl Marx – Friedrich Engels, Werke, Band 7
Berlin, Dietz Verlag, 1960
Hier S. 520-523

Mais en utilisant ainsi efficacement le suffrage universel le prolétariat avait mis en œuvre une méthode de lutte toute nouvelle et elle se développa rapidement. On trouva que les institutions d’État où s’organise la domination de la bourgeoisie fournissent encore des possibilités d’utilisation nouvelles qui permettent à la classe ouvrière de combattre ces mêmes institutions d’État. On participa aux élections aux différentes Diètes, aux conseils municipaux, aux conseils de prud’hommes, on disputa à la bourgeoisie chaque poste dont une partie suffisante du prolétariat participait à la désignation du titulaire. Et c’est ainsi que la bourgeoisie et le gouvernement en arrivèrent à avoir plus peur de l’action légale que de l’action illégale du Parti ouvrier, des succès des élections que de ceux de la rébellion.

Car, là aussi, les conditions de la lutte s’étaient sérieusement transformées. La rébellion d’ancien style, le combat sur les barricades, qui, jusqu’à 1848, avait partout été décisif, était considérablement dépassé.

Ne nous faisons pas d’illusions à ce sujet : une véritable victoire de l’insurrection sur les troupes dans le combat de rues, une victoire comme dans la bataille entre deux armées est une chose des plus rares. Mais d’ailleurs il était rare aussi que les insurgés l’aient envisagée. Il ne s’agissait pour eux que d’amollir les troupes en les influençant moralement, ce qui ne joue aucun rôle ou du moins ne joue qu’un rôle beaucoup moins grand dans la lutte entre les armées de deux pays belligérants. Si cela réussit, la troupe refuse de marcher, ou les chefs perdent la tête, et l’insurrection est victorieuse. Si cela ne réussit pas alors, même avec des troupes inférieures en nombre, c’est la supériorité de l’équipement et de l’instruction, de la direction unique, de l’emploi systématique des forces armées et de la discipline qui l’emporte. Le maximum de ce que l’insurrection peut atteindre dans une action vraiment tactique, c’est l’établissement dans les règles et la défense d’une barricade isolée. Soutien réciproque, constitution et utilisation des réserves, bref, la coopération et la liaison des différents détachements indispensables déjà pour la défense d’un quartier, à plus forte raison de toute une grande ville, ne sauraient être réalisées que d’une façon tout à fait insuffisante et le plus souvent pas du tout; la concentration des forces armées sur un point décisif n’a naturellement pas lieu. La résistance passive est, par conséquent, la forme de lutte prédominante; l’attaque, ramassant ses forces, fera bien à l’occasion çà et là, mais encore de façon purement exceptionnelle, des avances et des attaques de flanc, mais en règle générale elle se bornera à l’occupation des positions abandonnées par les troupes battant en retraite. A cela s’ajoute encore que du côté de l’armée l’on dispose de canons et de troupes de génie complètement équipées et exercées, moyens de combat qui presque toujours font complètement défaut aux insurgés. Rien d’étonnant donc que même les combats de barricades disputés avec le plus grand héroïsme – à Paris en juin 1848, à Vienne en octobre 1848, à Dresde en mai 1849, – finirent par la défaite de l’insurrection dès que, n’étant pas gênés par des considérations politiques, les chefs dirigeant l’attaque agirent selon des points de vue purement militaires et que leurs soldats leur restèrent fidèles.

Les nombreux succès des insurgés jusqu’en 1848 sont dus à des causes très variées. A Paris, en juillet 1830 et en février 1848, comme dans la plupart des combats de rues en Espagne, il y avait entre les insurgés et les soldats une garde civile qui, ou bien passait directement du côté de l’insurrection ou bien, par son attitude flottante, irrésolue, amenait également un flottement dans les troupes et fournissait en outre des armes à l’insurrection. Là où cette garde civile se dressa dès le début contre l’insurrection, comme en juin 1848 à Paris, celle-ci fut aussi vaincue. À Berlin, en 1848, le peuple fut vainqueur, soit grâce à l’afflux considérable de nouvelles forces armées pendant la nuit et la matinée du 19 [mars], soit par suite de l’épuisement et du mauvais approvisionnement des troupes, soit enfin par suite de la paralysie du commandement. Mais, dans tous les cas, la victoire fut remportée parce que la troupe refusa de marcher, parce que l’esprit de décision manquait chez les chefs militaires ou parce qu’ils avaient les mains liées.

Même à l’époque classique des combats de rues, la barricade avait donc un effet plus moral que matériel. Elle était un moyen d’ébranler la fermeté des soldats. Si elle tenait jusqu’à ce que celle-ci flanche, la victoire était acquise; sinon, on était battu. < Tel est le point principal qu’il faut également avoir à l’esprit dans l’avenir lorsque l’on examine la chance d’éventuels combats de rues. >*

Les chances d’ailleurs étaient assez mauvaises dès 1849. La bourgeoisie était passée partout du côté des gouvernements. "La civilisation et la propriété" saluaient et traitaient les soldats qui partaient contre les insurgés. La barricade avait perdu son charme, les soldats ne voyaient plus derrière elle le "peuple", mais des rebelles, des excitateurs, des pillards, des partageux, le rebut de la société; l’officier avait appris avec le temps les formes tactiques du combat de rues, il ne marchait plus directement et sans se couvrir sur la barricade improvisée, mais il la tournait en se servant des jardins, des cours et des maisons. Et avec quelque adresse, cela réussissait maintenant neuf fois sur dix.

Mais depuis lors, beaucoup de choses se sont encore modifiées, et toutes en faveur des soldats. Si les grandes villes ont pris une extension considérable, les armées ont grandi davantage encore. Depuis 1848, Paris et Berlin n’ont pas quadruplé, or, leurs garnisons se sont accrues au delà. Ces garnisons peuvent être plus que doublées en vingt-quatre heures grâce aux chemins de fer, et grossir, jusqu’à devenir des armées gigantesques en quarante-huit heures. L’armement de ces troupes énormément renforcées est incomparablement plus efficace. En 1848, c’était le simple fusil à percussion, aujourd’hui c’est le fusil à magasin de petit calibre qui tire quatre fois aussi loin, dix fois plus juste et dix fois plus vite que le premier. Autrefois, c’étaient les boulets et les obus de l’artillerie relativement peu efficaces : aujourd’hui ce sont les obus à percussion dont un seul suffit pour mettre en miettes la meilleure barricade. Autrefois, c’était le pic du pionnier pour percer les murs, aujourd’hui ce sont les cartouches de dynamite.

Du côté des insurgés, par contre, toutes les conditions sont devenues pires. Une insurrection qui a la sympathie de toutes les couches du peuple se reproduira difficilement; dans la lutte de classes toutes les couches moyennes ne se grouperont sans doute jamais d’une façon assez exclusive autour du prolétariat pour que, en contre-partie, le parti réactionnaire rassemblé autour de la bourgeoisie disparaisse à peu près complètement. Le "peuple" apparaîtra donc toujours divisé, et, partant, c’est un levier puissant, d’une si haute efficacité en 1848, qui manquera. Si du côté des insurgés viennent un plus grand nombre de combattants ayant fait leur service, leur armement n’en sera que plus difficile. Les fusils de chasse et de luxe des boutiques d’armuriers – même si la police ne les a pas rendus inutilisables au préalable en enlevant quelque pièce de la culasse – sont même dans la lutte rapprochée loin de valoir le fusil à magasin du soldat. Jusqu’en 1848, on pouvait faire soi-même avec de la poudre et du plomb les munitions nécessaires, aujourd’hui, la cartouche diffère pour chaque fusil et elle n’a partout qu’un seul point de commun, à savoir qu’elle est un produit de la technique de la grande industrie et que, par conséquent, on ne peut pas la fabriquer ex tempore; la plupart des fusils sont donc inutiles tant qu’on n’a pas les munitions qui leur conviennent spécialement. Enfin, les quartiers construits depuis 1848 dans les grandes villes ont des rues longues, droites et larges, et semblent adaptés à l’effet des nouveaux canons et des nouveaux fusils. Il serait insensé, le révolutionnaire qui choisirait les nouveaux districts ouvriers du nord et de l’est de Berlin pour un combat de barricades. < Cela veut-il dire qu’à l’avenir le combat de rues ne jouera plus aucun rôle ? Pas du tout. Cela veut dire seulement que les conditions depuis 1848 sont devenues beaucoup moins favorables pour les combattants civils, et beaucoup plus favorables pour les troupes. Un combat de rues ne peut donc à l’avenir être victorieux que si cette infériorité de situation est compensée par d’autres facteurs. Aussi, se produira-t-il plus rarement au début d’une grande révolution qu’au cours du développement de celle-ci, et il faudra l’entreprendre avec des forces plus grandes. Mais alors celles-ci, comme dans toute la Révolution française, le 4 septembre et le 31 octobre 1870 à Paris*, préféreront sans doute l’attaque ouverte à la tactique passive de la barricade. >

Le lecteur comprend-il maintenant pourquoi les pouvoirs dirigeants veulent absolument nous mener là où partent les fusils et où frappent les sabres ? Pourquoi on nous accuse aujourd’hui de lâcheté, parce que nous ne descendons pas carrément dans la rue où nous sommes certains à l’avance d’être défaits ? Pourquoi on nous supplie si instamment de vouloir bien enfin jouer un jour à la chair à canon ?

C’est inutilement et pour rien que ces messieurs gaspillent leurs suppliques comme leurs provocations. Nous ne sommes pas si bêtes. Ils pourraient aussi bien exiger de leur ennemi dans la prochaine guerre qu’il veuille bien se disposer en formations de ligne comme au temps du vieux Fritz ou en colonnes de divisions tout entières à la Wagram et à la Waterloo, et cela avec le fusil à pierre à la main. Si les conditions ont changé pour la guerre des peuples, elles n’ont pas moins changé pour la lutte de classes. Le temps des coups de main, des révolutions exécutées par de petites minorités conscientes à la tête des masses inconscientes, est passé. Là où il s’agit d’une transformation complète de l’organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu’elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s’agit, pour quoi elles interviennent (avec leur corps et avec leur vie). Voilà ce que nous a appris l’histoire des cinquante dernières années. Mais pour que les masses comprennent ce qu’il y a à faire, un travail long, persévérant est nécessaire; c’est précisément ce travail que nous faisons maintenant, et cela avec un succès qui met au désespoir nos adversaires.

 

* Les crochets indiquent les passages qui ont été supprimés par égard pour les " “umsturzvorlagenfurchtsamlichen craintes" (Engels) de la direction du parti à Berlin.

"Mon texte a beaucoup souffert des “umsturzvorlagenfurchtsamlichenréserves de nos amis berlinois, dont j’ai dû tenir compte dans ces circonstances."

(Engels à Karl Kautsky, 25 mars 1895.

** Il s’agit du 4 septembre 1870, journée où le gouvernement de Louis Bonaparte fut renversé et la République proclamée, ainsi que de l’échec du soulèvement des blanquistes contre le gouvernement de la défense nationale le 31 octobre de cette même année.

Mit dieser erfolgreichen Benutzung des allgemeinen Stimmrechts war aber eine ganz neue Kampfweise des Proletariats in Wirksamkeit getreten, und diese bildete sich rasch weiter aus. Man fand, daß die Staatseinrichtungen, in denen die Herrschaft der Bourgeoisie sich organisiert, noch weitere Handhaben bieten, vermittelst deren die Arbeiterklasse diese selben Staatseinrichtungen bekämpfen kann. Man beteiligte sich an den Wahlen für Einzellandtage, Gemeinderäte, Gewerbegerichte, man machte der Bourgeoisie jeden Posten streitig, bei dessen Besetzung ein genügender Teil des Proletariats mitsprach. Und so geschah es, daß Bourgeoisie und Regierung dahin kamen, sich weit mehr zu fürchten vor der gesetzlichen als vor der ungesetzlichen Aktion der Arbeiterpartei, vor den Erfolgen der Wahl als vor denen der Rebellion.

Denn auch hier hatten sich die Bedingungen des Kampfes wesentlich verändert. Die Rebellion alten Stils, der Straßenkampf mit Barrikaden, der bis 1848 überall die letzte Entscheidung gab, war bedeutend veraltet.

Machen wir uns keine Illusion darüber: Ein wirklicher Sieg des Aufstandes über das Militär im Straßenkampf, ein Sieg wie zwischen zwei Armeen, gehört zu den größten Seltenheiten. Darauf hatten aber die Insurgenten es auch ebenso selten angelegt. Es handelte sich für sie nur darum, die Truppen mürbe zu machen durch moralische Einflüsse, die beim Kampf zwischen den Armeen zweier kriegführender Länder gar nicht oder doch in weit geringerem Grad ins Spiel kommen. Gelingt das, so versagt die Truppe oder die Befehlshaber verlieren den Kopf, und der Aufstand siegt. Gelingt das nicht, so bewährt sich, selbst bei einer Minderzahl auf seiten des Militärs, die Überlegenheit der besseren Ausrüstung und Schulung, der einheitlichen Leitung, der planmäßigen Verwendung der Streitkräfte und der Disziplin. Das Höchste, wozu es die Insurrektion in wirklich taktischer Aktion bringen kann, ist die kunstgerechte Anlage und Verteidigung einer einzelnen Barrikade. Gegenseitige Unterstützung, Aufstellung resp. Verwendung von Reserven, kurz, das schon zur Verteidigung eines Stadtbezirks, geschweige einer ganzen großen Stadt, unentbehrliche Zusammenwirken und Ineinandergreifen der einzelnen Abteilungen wird nur höchst mangelhaft, meist gar nicht zu erreichen sein; Konzentration der Streitkräfte auf einen entscheidenden Punkt fällt da von selbst weg. Damit ist die passive Verteidigung die vorwiegende Kampfform; der Angriff wird sich hier und da, aber auch nur ausnahmsweise, zu gelegentlichen Vorstößen und Flankenanfällen aufraffen, in der Regel aber sich nur auf Besetzung der von der zurückgehenden Truppe verlassenen Stellungen beschränken. Wozu noch auf Seite des Militärs die Verfügung über Geschütz und vollständig ausgerüstete und geübte Genietruppen kommt, Streitmittel, die den Insurgenten in fast allen Fällen gänzlich abgehn. Kein Wunder also, daß selbst die mit dem größten Heldenmut geführten Barrikadenkämpfe – Paris Juni 1848, Wien Oktober 1848, Dresden Mai 1849 – mit der Niederlage des Aufstandes endigten, sobald die angreifenden Führer, ungehemmt durch politische Rücksichten, nach rein militärischen Gesichtspunkten handelten und ihre Soldaten zuverlässig blieben.

Die zahlreichen Erfolge der Insurgenten bis 1848 sind sehr mannigfachen Ursachen geschuldet. In Paris Juli 1830 und Februar 1848, wie in den meisten spanischen Straßenkämpfen, stand zwischen den Insurgenten und dem Militär eine Bürgerwehr, die entweder direkt auf Seite des Aufstandes trat oder aber durch laue, unentschiedene Haltung die Truppen ebenfalls ins Schwanken brachte und dem Aufstand obendrein Waffen lieferte. Da, wo diese Bürgerwehr von vornherein gegen den Aufstand auftrat, wie Juni 1848 in Paris, wurde dieser auch besiegt. In Berlin 1848 siegte das Volk teils durch den bedeutenden Zuwachs neuer Streitkräfte während der Nacht und des Morgens am 19. [März], teils infolge der Erschöpfung und schlechten Verpflegung der Truppen, teils endlich infolge der erlahmenden Befehlsgebung. In allen Fällen aber wurde der Sieg erkämpft, weil die Truppe versagte, weil den Befehlshabern die Entschlußfähigkeit ausging oder aber, weil ihnen die Hände gebunden waren.

Selbst in der klassischen Zeit der Straßenkämpfe wirkte also die Barrikade mehr moralisch als materiell. Sie war ein Mittel, die Festigkeit des Militärs zu erschüttern. Hielt sie vor, bis dies gelang, so war der Sieg erreicht; wo nicht, war man geschlagen. < Es ist dies der Hauptpunkt, der im Auge zu halten ist, auch wenn man die Chancen etwaiger künftiger Straßenkämpfe untersucht. >*

Diese Chancen standen schon 1849 ziemlich schlecht. Die Bourgeoisie hatte sich überall auf die Seite der Regierungen geschlagen, "Bildung und Besitz" begrüßten und bewirteten das gegen Aufstände ausziehende Militär. Die Barrikade hatte ihren Zauber verloren; der Soldat sah hinter ihr nicht mehr "das Volk", sondern Rebellen, Wühler, Plünderer, Teiler, den Auswurf der Gesellschaft; der Offizier war mit der Zeit bewandert geworden in den taktischen Formen des Straßenkampfes, er marschierte nicht mehr geradeaus und ungedeckt auf die improvisierte Brustwehr los, sondern umging sie durch Gärten, Höfe und Häuser. Und das gelang jetzt, bei einigem Geschick, in neun Fällen von zehn.

Seitdem aber hat sich noch sehr viel verändert, und alles zugunsten des Militärs. Sind die Großstädte bedeutend größer geworden, so noch mehr die Armeen. Paris und Berlin sind seit 1848 nicht ums Vierfache gewachsen, ihre Garnisonen aber um mehr als das. Diese Garnisonen können vermittelst der Eisenbahnen in 24 Stunden sich mehr als verdoppeln, in 48 Stunden zu Riesenarmeen anschwellen. Die Bewaffnung dieser enorm verstärkten Truppenzahl ist unvergleichlich wirksamer geworden. 1848 der glatte Perkussions-Vorderlader, heute der kleinkalibrige Magazin-Hinterlader, der viermal so weit, zehnmal so genau und zehnmal so rasch schießt wie jener. Damals die relativ schwach wirkenden Vollkugeln und Kartätschen der Artillerie, heute die Perkussionsgranaten, deren eine hinreicht, die beste Barrikade zu zertrümmern. Damals die Spitzhacke des Pioniers zum Durchbrechen von Brandmauern, heute die Dynamitpatrone.

Auf seiten des Insurgenten dagegen sind alle Bedingungen schlechter geworden. Ein Aufstand, mit dem alle Volksschichten sympathisieren, kommt schwerlich wieder; im Klassenkampf werden sich wohl nie alle Mittelschichten so ausschließlich ums Proletariat gruppieren, daß die um die Bourgeoisie sich scharende Reaktionspartei dagegen fast verschwinde. Das "Volk" wird also immer geteilt erscheinen, und damit fehlt ein gewaltiger, 1848 so äußerst wirksamer Hebel. Kommen auf Seite der Aufständischen mehr gediente Soldaten, so wird ihre Bewaffnung um so schwieriger. Die Jagd- und Luxusflinten der Waffenläden – selbst wenn nicht vorher von Polizei wegen durch Wegnahme eines Schloßteiles unbrauchbar gemacht – sind auch im Nahkampf dem Magazingewehr des Soldaten nicht entfernt gewachsen. Bis 1848 konnte man aus Pulver und Blei sich die nötige Munition selbst machen, heute ist die Patrone für jedes Gewehr verschieden und nur in dem einen Punkt überall gleich, daß sie ein Kunstprodukt der großen Industrie, also nicht ex tempore anzufertigen ist, daß also die meisten Gewehre nutzlos sind, solange man nicht die speziell für sie passende Munition hat. Und endlich sind die seit 1848 neugebauten Viertel der großen Städte, in langen, graden, breiten Straßen angelegt, wie gemacht für die Wirkung der neuen Geschütze und Gewehre. Der Revolutionär müßte verrückt sein, der sich die neuen Arbeiterdistrikte im Norden und Osten von Berlin zu einem Barrikadenkampf selbst aussuchte.

< Heißt das, daß in Zukunft der Straßenkampf keine Rolle mehr spielen wird? Durchaus nicht. Es heißt nur, daß die Bedingungen seit 1848 weit ungünstiger für die Zivilkämpfer, weit günstiger für das Militär geworden sind. Ein künftiger Straßenkampf kann also nur siegen, wenn diese Ungunst der Lage durch andere Momente aufgewogen wird. Er wird daher seltener im Anfang einer großen Revolution vorkommen als im weiteren Verlauf einer solchen und wird mit größeren Kräften unternommen werden müssen. Diese aber werden dann wohl, wie in der ganzen großen französischen Revolution, am 4. September und 31. Oktober 1870 in Paris**, den offenen Angriff der passiven Barrikadentaktik vorziehen. >

Versteht der Leser nun, weshalb die herrschenden Gewalten uns platterdings dahin bringen wollen, wo die Flinte schießt und der Säbel haut? Warum man uns heute der Feigheit zeiht, weil wir uns nicht ohne weiteres auf die Straße begeben, wo wir der Niederlage im voraus gewiß sind? Warum man uns so in ständig anfleht, wir möchten doch endlich einmal Kanonenfutter spielen?

Die Herren verschwenden ihre Bittgesuche wie ihre Herausforderungen für nichts und wieder nichts. So dumm sind wir nicht. Sie könnten ebensogut von ihrem Feind im nächsten Krieg verlangen, er solle sich ihnen stellen in der Linienformation des alten Fritz oder in den Kolonnen ganzer Divisionen à la Wagram und Waterloo, und das mit dem Steinschloßgewehr in der Hand. Haben sich die Bedingungen geändert für den Völkerkrieg, so nicht minder für den Klassenkampf. Die Zeit der Überrumpelungen. der von kleinen bewußten Minoritäten an der Spitze bewußtloser Massen durchgeführten Revolutionen ist vorbei. Wo es sich um eine vollständige Umgestaltung der gesellschaftlichen Organisation handelt, da müssen die Massen selbst mit dabei sein, selbst schon begriffen haben, worum es sich handelt, für was sie mit Leib und Leben eintreten. Das hat uns die Geschichte der letzten fünfzig Jahre gelehrt. Damit aber die Massen verstehen, was zu tun ist, dazu bedarf es langer, ausdauernder Arbeit, und diese Arbeit ist es gerade, die wir jetzt betreiben, und das mit einem Erfolg, der die Gegner zur Verzweiflung bringt,

 

* Spitze Klammern bezeichnen Textstellen, die aus Rücksicht auf die "umsturzvorlagenfurchtsamlichen Bedenken" (Engels) des Berliner Parteivorstandes gestrichen wurden.

"Mein Text hat einiges gelitten unter umsturzvorlagenfurchtsamlichen Bedenken unsrer Berliner Freunde, denen ich unter den Umständen wohl Rechnung tragen mußte."

(Engels an Karl Kautsky, 25. März 1895.)

** Es handelt sich um den 4. September 1870, den Tag, an dem die Regierung von Louis Bonaparte gestürzt und die Republik ausgerufen wurde, sowie um das Scheitern des Aufstands der Blanquisten gegen die Regierung der nationalen Verteidigung am 31. Oktober desselben Jahres.

Vladimir I. Lénine

 

 

Vladimir Ilʹich Lénine
Insurrection Moscou 1906
Œuvres Volume 11, Paris Éditions Sociales;
ici p. 172

Vladimir Ilʹich Lenin
Aufstand Moskau 1906
Sämtliche Werke –
Am Ausgang der ersten russischen Revolution
Verlag für Literatur und Politik, 1930
hier S. 68

La réaction ne peut aller au-delà du bombardement des barricades, des maisons et de la foule. La révolution, elle, peut aller au-delà des groupes de combat de Moscou, elle a du champ, et quel champ en étendue et en profondeur. Et la révolution a fait du chemin depuis décembre. La crise révolutionnaire a maintenant une base infiniment plus large; il n’y a plus qu’à affiler encore le tranchant du glaive. Le changement des conditions objectives de la lutte, qui imposait la nécessité de passer de la grève à l’insurrection, fut ressenti par le prolétariat bien avant que par ses dirigeants. La pratique, comme toujours, a pris le pas sur la théorie. La grève pacifique et les manifestations avaient cessé aussitôt de satisfaire les ouvriers, qui demandaient: Et après? exigeant une action plus décidée. L’ordre de dresser des barricades parvint dans les quartiers avec un retard sensible, au moment où au centre de la ville on les élevait déjà. En masse les ouvriers se mirent à l’ouvrage, mais ils ne s’en contentèrent pas, ils demandaient: Et après? Ils réclamaient une action décidée. Nous, dirigeants du prolétariat social-démocrate, nous nous identifiâmes, en décembre, à ce capitaine qui avait si absurdement disposé ses bataillons que la majeure partie de ses troupes ne put participer activement au combat. Les masses ouvrières cherchaient des directives pour une action de masse décidée, et ils n’en trouvaient point. Ainsi, rien de plus myope que le point de vue de Plékhanov, repris par tous les opportunistes et selon lequel il ne fallait pas entreprendre cette grève inopportune, "il ne fallait pas prendre les armes". Au contraire, il fallait prendre les armes d’une façon plus résolue, plus énergique et dans un esprit plus agressif; il fallait expliquer aux masses l’impossibilité de se borner à une grève pacifique, et la nécessité d’une lutte armée, intrépide et implacable. Aujourd’hui nous devons enfin reconnaître ouvertement et proclamer bien haut l’insuffisance des grèves politiques; nous devons faire de l’agitation dans les masses les plus profondes en faveur de l’insurrection armée, sans escamoter la question en prétextant la nécessité de "degrés préliminaires", sans jeter un voile là-dessus. Cacher aux masses la nécessité d’une guerre exterminatrice, sanglante et acharnée, comme objectif immédiat de l’action future, c’est se duper soi-même et duper le peuple. Telle est la première leçon des événements de décembre.

La seconde concerne le caractère de l’insurrection, la façon de la conduire, les conditions dans lesquelles la troupe passe au peuple. Sur ce dernier point, une opinion très étroite s’est accréditée dans l’aile droite de notre Parti. Il est impossible, paraît-il, de lutter contre une armée moderne; il faut que l’armée devienne révolutionnaire. Bien entendu, si la révolution ne gagne pas les masses et l’armée elle-même, il ne saurait même être question de lutte sérieuse. Bien entendu, l’action dans l’armée est nécessaire. Mais il ne faut pas se figurer cette volte-face de la troupe comme un acte simple et isolé, résultant de la persuasion, d’une part, et du réveil de la conscience, de l’autre. L’insurrection de Moscou montre à l’évidence ce que cette conception a de routinier et de stérile. En réalité, l’indécision de la troupe, inévitable dans tout mouvement vraiment populaire, conduit, lorsque la lutte révolutionnaire s’accentue, à une véritable lutte pour la conquête de l’armée. L’insurrection de Moscou nous montre précisément la lutte la plus implacable, la plus forcenée de la réaction et de la révolution pour conquérir l’armée. Doubassov a déclaré lui-même que 5.000 hommes seulement sur les 15.000 de la garnison de Moscou étaient sûrs. Le gouvernement cherchait à retenir les hésitants par les mesures les plus diverses, les plus désespérées: on les persuadait, on les flattait, on les achetait en leur distribuant des montres, de l’argent, etc.; on les enivrait d’eau-de-vie, on les trompait, on les terrorisait; on les consignait dans les casernes, on les désarmait, on isolait par la trahison ou la violence les soldats dont on doutait le plus. Et il faut avoir le courage d’avouer en toute franchise que sous ce rapport, nous nous sommes laissé devancer par le gouvernement. Pour conquérir les troupes qui hésitaient nous n’avons pas su utiliser les forces dont nous disposions, dans une lutte aussi active, hardie, aussi entreprenante et irrésistible que celle engagée et menée à bonne fin par le gouvernement. Nous nous sommes attachés et nous nous attacherons encore avec plus de ténacité à "travailler" idéologiquement l’armée. Mais nous ne serions que de pitoyables pédants, si nous oublions qu’au moment de l’insurrection il faut aussi employer la force pour gagner l’armée. Le prolétariat de Moscou nous a fourni, dans les journées de décembre, d’admirables leçons de "persuasion" idéologique de la troupe: par exemple, le 8 décembre, place Strastnaïa, lorsque la foule cerna les cosaques, se mêla à eux, fraternisa avec eux et les décida à se retirer. Ou encore le 10, à Presnia, lorsque deux jeunes ouvrières, portant le drapeau rouge au milieu d’une foule de 10.000 personnes, se jetèrent au-devant des cosaques en criant: "Tuez-nous! Nous vivantes, vous n’aurez pas notre drapeau!" Et les cosaques, décontenancés, tournèrent bride, tandis que la foule criait: "Vivent les cosaques!" Ces exemples de vaillance et d’héroïsme doivent rester gravés à jamais dans la conscience des prolétaires. […] Au moment de l’insurrection nous n’avons pas été à la hauteur de notre tâche dans la lutte pour gagner à nous les troupes indécises. Décembre a confirmé une autre thèse profonde de Marx, oubliée des opportunistes: l’insurrection est un art, et la principale règle de cet art est l’offensive – une offensive d’un courage à tout épreuve et d’une inébranlable fermeté. Cette vérité, nous ne l’avons pas suffisamment comprise. Nous n’avons pas assez appris nous-mêmes ni enseigné aux masses cet art, cette règle de l’offensive à tout prix. Maintenant nous devons, de toute notre énergie, rattraper le temps perdu. Il ne suffit pas de se grouper sur les mots d’ordre politiques, il faut aussi se grouper sur le problème de l’insurrection armée. Quiconque s’y oppose, ou refuse de s’y préparer, doit être impitoyablement chassé des rangs des partisans de la révolution, renvoyé dans le camp de ses adversaires, des traîtres ou des lâches, car le jour approche où la force des événements et les circonstances de la lutte nous obligeront à distinguer, à ce signe, nos amis et nos ennemis. Ce n’est pas la passivité que nous devons prêcher, ni simplement l’"attente" du moment où la troupe "passera" à nous; non, nous devons, comme on sonne le tocsin, proclamer la nécessité d’une offensive intrépide et d’une attaque à main armée, la nécessité d’exterminer les chefs et de lutter de la façon la plus énergique pour gagner à nous les troupes indécises.

La troisième grande leçon que nous a donnée Moscou a trait à la tactique et à l’organisation de nos forces en vue de l’insurrection. La tactique militaire dépend du niveau de la technique militaire – c’est Engels qui a répété cette vérité et l’a mise toute mâchée dans la bouche des marxistes. La technique militaire n’est plus ce qu’elle était au milieu du XIXe siècle. Opposer la foule à l’artillerie et défendre les barricades avec des revolvers serait une sottise. Et Kautsky avait raison lorsqu’il écrivait qu’il est temps, après Moscou, de réviser les conclusions d’Engels, et que Moscou a promu "une nouvelle tactique des barricades". Cette tactique était celle de la guerre de partisans. L’organisation qu’elle supposait, c’étaient de tout petits détachements mobiles: groupes de dix, de trois et même de deux hommes. On rencontre souvent aujourd’hui, chez nous, des social-démocrates qui ricanent quand on parle de ces groupes de cinq ou de trois. Mais ricaner n’est qu’un moyen facile de fermer les yeux sur ce nouveau problème de la tactique et de l’organisation requises pour les batailles de rues, face à la technique militaire moderne. Lisez attentivement le récit de l’insurrection de Moscou, messieurs, et vous comprendrez quel rapport ont les "groupes de cinq" avec le problème de la "nouvelle tactique des barricades". Cette tactique Moscou l’a promue, mais il s’en faut de beaucoup qu’elle lui ait donné un développement, une extension assez large, qu’elle en ait fait une véritable tactique de masse. Les combattants n’étaient pas assez nombreux; la masse ouvrière n’avait pas reçu le mot d’ordre d’attaques audacieuses et n’a pas agi dans ce sens; le caractère des détachements de partisans était trop uniforme, leur armement et leurs procédés insuffisants; ils ne savaient guère diriger les foules. Nous devons remédier à tout cela et nous y remédierons en étudiant l’expérience de Moscou, en la diffusant dans les masses, en éveillant l’initiative créatrice des masses elles-mêmes dans le sens du développement de cette expérience. Et la guerre de partisans, la terreur générale qui en Russie se répandent partout presque sans discontinuer depuis décembre, contribueront incontestablement à enseigner aux masses la juste tactique, au moment de l’insurrection. Cette terreur exercée par les masses, la social-démocratie doit l’admettre et l’incorporer à sa tactique; elle doit, bien entendu, l’organiser et la contrôler, la subordonner aux intérêts et aux nécessités du mouvement ouvrier et de la lutte révolutionnaire générale; elle doit écarter, éliminer sans merci la tendance à faire tourner la guerre de partisans en "gueuserie", déformation dont les Moscovites ont si bien, si implacablement fait justice lors de l’insurrection, et les Lettons pendant les fameuses Républiques lettones.

Die Reaktion kann nicht weiter gehen als bis zur Artilleriebeschießung von Barrikaden, Häusern und Menschenmengen auf den Straßen. Die Revolution kann noch weiter gehen als bis zu einem Kampf der Moskauer Kampfgruppen, sie kann noch viel, viel weiter in die Breite und in die Tiefe gehen. Und die Revolution ist seit dem Dezember weit fortgeschritten. Die Grundlage der revolutionären Krise ist unermeßlich viel breiter geworden – die Schneide ihrer Waffe muß jetzt viel besser geschärft sein. – Den Wechsel in den objektiven Bedingungen des Kampfes, der den Uebergang vom Streik zum Aufstand erforderte, hat das Proletariat früher als seine Führer gefühlt. Die Praxis ist, wie stets , der Theorie vorangegangen. Der friedliche Streik und die Demonstrationen hörten mit einem Schlage auf, die Arbeiter zu befriedigen. Sie fragten: Was weiter? und verlangten energischere Handlungen. Die Anweisung zum Barrikadenbau traf in den Bezirken mit ungeheurer Verspätung ein, zu einer Zeit, als im Zentrum der Stadt schon Barrikaden gebaut wurden. Die Arbeiter gingen in Massen ans Werk, waren aber auch dadurch nicht zufriedengestellt, fragten: Was weiter? verlangten energische Handlungen. Wir, die Führer des sozialdemokratischen Proletariats, waren im Dezember dem Heerführer ähnlich, der seine Regimenter so unsinnig aufgestellt hatte, daß der größte Teil seiner Truppen nicht aktiv an der Schlacht teilnahm. Die Arbeitermassen suchten vergeblich Anweisungen für energische Massenaktionen. Es gibt somit nichts Kurzsichtigeres als die von allen Opportunisten aufgegriffene Ansicht Plechanows, es hätte keinen Sinn gehabt, den unzeitgemäßen Streik zu beginnen, "man hätte nicht zu den Waffen greifen dürfen". Im Gegenteil, man hätte entschlossener, energischer, stürmischer zu den Waffen greifen, hätte den Massen klarmachen müssen, daß der friedliche Streik allein unmöglich ist und daß es notwendig ist, furchtlos und rücksichtslos den bewaffneten Kampf aufzunehmen. Wir müssen jetzt endlich offen und laut zugeben, daß die politischen Streiks unzureichend sind, müssen in den breitesten Massen für den bewaffneten Aufstand agitieren, ohne diese Frage durch irgendwelche "Vorstufen" zu verdunkeln , ohne sie durch irgend etwas zu verschleiern. Den Massen die Notwendigkeit eines verzweifelten, blutigen, vernichtenden Krieges als unmittelbare Aufgabe der bevorstehenden Aktion verhehlen, heißt sich selbst und das Volk betrügen. Das ist die erste Lehre der Dezemberereignisse .

Die zweite Lehre betrifft das Gepräge des Aufstandes, seine Taktik, die Bedingungen für den Uebergang der Truppen auf die Seite des Volkes. Auf dem rechten Flügel unserer Partei ist in bezug auf diesen Uebergang eine äußerst einseitige Anschauung verbreitet. Man könne nicht gegen die Truppen von heutzutage kämpfen, es sei notwendig, daß die Truppen revolutionär werden. Es versteht sich von selbst, daß von einem ernsten Kampf keine Rede sein kann, solange die Revolution nicht zu einer Massenbewegung geworden ist und die Truppen selbst ergriffen hat. Selbstverständlich ist die Arbeit im Heere notwendig. Aber man darf sich diesen Uebergang der Truppen nicht als irgend einen einfachen, einmaligen Akt vorstellen, der einerseits das Ergebnis der Ueberzeugung und anderseits des Bewußtseins ist. Der Moskauer Aufstand zeigt uns anschaulich, wie schablonenhaft und starr eine solche Auffassung ist. Das Schwanken der Truppen, das in jeder wirklichen Volksbewegung unvermeidlich ist, führt bei Verschärfung des revolutionären Kampfes im wahren Sinne des Wortes zu einem Kampf um das Heer. Der Moskauer Aufstand zeigt uns gerade das Bild eines ganz verzweifelten, ganz wütenden Kampfes der Reaktion und der Revolution um das Heer. Dubassow selbst erklärte , daß nur 5.000 von den 15.000 Mann zählenden Moskauer Truppen zuverlässig seien. Die Regierung suchte die Schwankenden durch die mannigfachsten, verzweifeltsten Mittel zurückzuhalten: man suchte sie zu überzeugen, schmeichelte ihnen, bestach sie, verteilte Uhren, Geld und so weiter, der Schnaps floß in Strömen, man suchte sie zu betrügen, einzuschüchtern, sperrte sie in die Kasernen ein, entwaffnete sie, griff mit Hilfe von Verrat und Gewalt die Soldaten heraus, die man für besonders unzuverlässig hielt. Und man muß den Mut haben, gerade und offen zuzugeben, daß wir in dieser Beziehung hinter der Regierung zurückblieben. Wir haben es nicht verstanden, die Kräfte, über die wir verfügten, für einen ebensolchen aktiven, kühnen , unternehmungslustigen und offensiven Kampf um das schwankende Heer zu benutzen, wie ihn die Regierung begann und erfolgreich zu Ende führte. Wir haben eine geistige "Bearbeitung" der Truppen organisiert und müssen sie noch intensiver betreiben. Wir werden uns aber als traurige Pedanten erweisen, wenn wir vergessen, daß im Augenblick des Aufstandes auch ein physischer Kampf um die Truppen erforderlich ist. Das Moskauer Proletariat hat uns in den Dezembertagen vortreffliche Lehren über die geistige "Bearbeitung" der Truppen erteilt – so z. B. am 21. (8.) Dezember, als die Menschenmassen auf dem Leidensplatz die Kosaken umringten, sich mit ihnen vermischten, sich mit ihnen verbrüderten und sie veranlaßten, zurückzureiten. Oder am 23. (10.) Dezember, als im Stadtteil Presnja zwei junge Arbeiterinnen, die in einer zehntausend Menschen zählenden Demonstration eine rote Fahne trugen, sich den Kosaken mit dem Ruf entgegenwarfen: "Schlagt uns tot! Lebendig werden wir die Fahne nicht hergeben!" Und die Kosaken gerieten in Verwirrung und sprengten fort, begleitet von den Rufen der Menge: "Es leben die Kosaken!" Diese Beispiele von Kühnheit und Heldenmut müssen für immer im Bewußtsein des Proletariats verankert werden. […] Im Augenblick des Aufstandes waren wir der Aufgabe des Kampfes um die schwankenden Truppen nicht gewachsen. Der Dezember hat weiter den tiefen und von den Opportunisten vergessenen Satz von Marx anschaulich bestätigt, daß der Aufstand eine Kunst und daß die Hauptregel dieser Kunst die mit größter Kühnheit und Entschiedenheit durch- geführte Offensive ist. Wir haben uns diese Wahrheit nicht genügend zu eigen gemacht. Wir haben diese Kunst, diese Regel der Offensive um jeden Preis selbst nicht genügend gelernt und die Massen nicht genügend darin unterrichtet. Wir müssen jetzt mit aller Energie das Versäumte nachholen. Es genügt nicht, die Menschen nach ihrem Verhältnis zu politischen Losungen zu gruppieren, darüber hinaus ist erforderlich, sie nach ihrer Einstellung zum bewaffneten Aufstand zu gruppieren. Wer gegen ihn ist, wer sich nicht auf ihn vorbereitet, den muß man rücksichtslos aus der Zahl der Anhänger der Revolution hinauswerfen, zu ihren Gegnern, zu den Verrätern oder Feiglingen jagen, denn es naht der Tag, an dem die Kraft der Ereignisse, die Lage des Kampfes uns zwingen wird, Feinde und Freunde nach diesem Merkmal voneinander zu scheiden. Nicht Passivität müssen wir propagieren, nicht ein einfaches Darauf-"warten", daß die Truppen "übergehen", – nein, wir müssen die Trommel rühren und die Massen davon überzeugen, daß es notwendig ist, kühn anzugreifen und mit den Waffen in der Hand die Regierungstruppen zu überfallen, daß es notwendig ist, hierbei die höheren Vorgesetzten zu vernichten und den allertatkräftigsten Kampf um die schwankenden Truppen zu führen.

Die dritte große Lehre, die uns Moskau erteilt hat, betrifft die Taktik und die Organisation der Kräfte für den Aufstand. Die militärische Taktik hängt von dem Niveau der militärischen Technik ab, diese Tatsache hat Engels wiederholt erläutert und den Marxisten eingehämmert. Die militärische Taktik ist jetzt eine andere als in der Mitte des 19. Jahrhunderts. Gegen die Artillerie unbewaffnete Volksmassen aufmarschieren zu lassen und die Barrikaden nur mit Revolvern zu verteidigen , wäre eine Dummheit . Und Kautsky hatte recht, als er schrieb, daß es nach dem Moskauer Aufstand an der Zeit sei, Engels Schlußfolgerungen zu überprüfen, und daß Moskau eine "neue Barrikadentaktik" geschaffen habe. Diese Taktik war die Taktik des Partisanenkampfes. Die Organisation, die durch eine solche Taktik bedingt wurde, waren leicht bewegliche und außerordentlich kleine Abteilungen: Zehnergruppen, Dreiergruppen, ja sogar Zweiergruppen. Man kann jetzt bei uns häufig Sozialdemokraten treffen, die verächtlich zu schmunzeln beginnen, wenn die Rede auf Fünfer- und Dreiergruppen kommt. Aber mit diesem Schmunzeln will man nur auf eine billige Art und Weise darüber hinwegtäuschen, daß man vor einer neuen Frage der Taktik und der Organisation, wie sie bei dem gegenwärtigen Stand der militärischen Technik durch den Straßenkampf bedingt werden, die Augen verschließt. Lest euch den Bericht über den Moskauer Aufstand aufmerksam durch, ihr Herrschaften , und ihr werdet begreifen, was für eine Verbindung zwischen den "Fünfergruppen" und der Frage der "neuen Barrikadentaktik" besteht. Moskau hat diese Taktik hervorgebracht, aber noch lange nicht genug entwickelt bei weitem noch nicht wirklich zu einer Taktik der breiten Massen entfaltet. Es gab wenig Kampfgruppen, die Arbeitermasse erhielt nicht die Losung verwegener Ueberfälle und wandte sie nicht an, das Gepräge der Partisanenabteilungen war zu mannigfach, ihre Waffen und ihre Kampfmethoden unzulänglich, ihre Fähigkeit, die Massen zu führen, fast gar nicht ausgebildet. Wir müssen das alles nachholen und werden es auf Grund der Lehren des Moskauer Aufstandes nachholen, wir werden diese Lehren unter den Massen verbreiten und die schöpferische Kraft der Massen selbst wecken, um die Taktik des Moskauer Aufstandes weiter auszugestalten. Der Partisanenkampf und der Massenterror, der jetzt nach dem Dezember überall in Rußland fast ununterbrochen angewandt wird, werden uns zweifellos helfen, die Massen zu lehren, im Augenblick des Aufstandes die richtige Taktik anzuwenden. Die Sozialdemokratie muß diesen Massenterror billigen und in ihre Taktik aufnehmen, muß ihn natürlich organisieren und kontrollieren und den Interessen und Bedingungen der Arbeiterbewegung und des allgemeinen revolutionären Kampfes unterordnen und rücksichtslos die "lumpenproletarische" Entstellung dieses Partisanenkampfes beseitigen und ausmerzen, mit der die Moskauer in den Tagen des Aufstandes und die Letten in den Tagen der rühmlich bekannten lettischen Republiken so prächtig und rücksichtslos aufgeräumt haben.

 

 

 

Vladimir Ilʹich Lénine
La Maladie infantile le gauchisme
Oeuvres Volume 31, Paris Éditions Sociales;
ici p. 89

Vladimir Ilʹich Lenin
Der "Radikalismus", Kinderkrankheit
Sämtliche Werke – Das Jahr 1920
Strategie und Taktik der proletarischen Revolution;
Verlag für Literatur und Politik, 1930;
hier S. 281

L’avant-garde prolétarienne est conquise idéologiquement. C’est le principal. Autrement, faire même un premier pas vers la victoire serait impossible. Mais de là à la victoire, il y a encore assez loin. On ne peut vaincre avec l’avant-garde seule. Jeter l’avant-garde seule dans la bataille décisive, tant que la classe tout entière, tant que les grandes masses n’ont pas pris soit une attitude d’appui direct à l’avant-garde, soit tout au moins de neutralité bienveillante, qui les rende complètement incapables de soutenir son adversaire, ce serait une sottise, et même un crime. Or, pour que vraiment la classe tout entière, pour que vraiment les grandes masses de travailleurs et d’opprimés du Capital en arrivent à une telle position, la propagande seule, l’agitation seule ne suffisent pas. Pour cela, il faut que ces masses fassent leur propre expérience politique. Telle est la loi fondamentale de toutes les grandes révolutions, loi confirmée maintenant avec une force et un relief frappants, non seulement par la Russie, mais aussi par l’Allemagne. Ce ne sont pas seulement les masses ignorantes, souvent illettrées, de Russie, ce sont aussi les masses d’Allemagne, hautement cultivées, sans un seul analphabète, qui ont dû éprouver à leurs dépens toute la faiblesse, toute la veulerie, toute l’impuissance, toute la servilité devant la bourgeoisie, toute la lâcheté du gouvernement des paladins de la lIe Internationale, le caractère inévitable de la dictature des ultra-réactionnaires (Kornilov en Russie, Kapp et consorts en Allemagne), seule alternative en face de la dictature du prolétariat, pour se tourner résolument vers le communisme.

L’objectif immédiat de l’avant-garde consciente du mouvement ouvrier international, c’est-à-dire des partis, groupes et tendances communistes, c’est de savoir amener les larges masses (encore somnolentes, apathiques, routinières, inertes, engourdies, dans la plupart des cas) à cette position nouvelle ou plutôt de savoir conduire non seulement son parti, mais aussi les masses en train d’arriver, de passer à cette nouvelle position. Si le premier objectif historique (attirer l’avant-garde consciente du prolétariat aux côtés du pouvoir des Soviets et de la dictature de la classe ouvrière) ne pouvait être atteint sans une victoire complète, idéologique et politique, sur l’opportunisme et le social-chauvinisme, le second objectif qui devient d’actualité et qui consiste à savoir amener les masses à cette position nouvelle, propre à assurer la victoire de l’avant-garde dans la révolution, cet objectif actuel ne peut être atteint sans liquidation du doctrinarisme de gauche, sans réfutation décisive et élimination complète de ses erreurs.

Tant qu’il s’agissait (et dans la mesure où il s’agit encore) de rallier au communisme l’avant-garde du prolétariat, la propagande s’est située au premier plan; même les petits cercles de propagande sont utiles et féconds en dépit des défauts qui leur sont inhérents. Mais quand il s’agit de l’action pratique des masses, de la distribution – s’il m’est permis de m’exprimer ainsi – d’armées fortes de millions d’hommes, de la répartition de toutes les forces de classe d’une société donnée en vue du combat final et décisif, on ne fera rien avec les seules méthodes de propagande, avec la seule répétition des vérités du communisme "pur". Il ne faut pas compter ici par milliers, comme le fait en somme le propagandiste, membre d’un groupe restreint et qui n’a pas encore dirigé les masses; il faut compter ici par millions et par dizaines de millions. Il ne suffit pas de se demander si l’on a convaincu l’avant-garde de la classe révolutionnaire; il faut encore savoir si les forces historiquement agissantes de toutes les classes, absolument de toutes les classes sans exception, d’une société donnée, sont disposées de façon que la bataille décisive soit parfaitement à point, – de façon:

1. que toutes les forces de classe qui nous sont hostiles soient suffisamment en difficulté, se soient suffisamment entre-déchirées, soient suffisamment affaiblies par une lutte au-dessus de leurs moyens; 2 que tous les éléments intermédiaires, hésitants, chancelants, inconstants – la petite bourgeoisie, la démocratie petite-bourgeoise par opposition à la bourgeoisie – se soient suffisamment démasqués aux yeux du peuple, suffisamment déshonorés par leur faillite pratique; 3, qu’au sein du prolétariat un puissant mouvement d’opinion se fasse jour en faveur de l’action la plus décisive, la plus résolument hardie et révolutionnaire contre la bourgeoisie. C’est alors que la révolution est mûre; c’est alors que, si nous avons bien tenu compte de toutes les conditions indiquées, sommairement esquissées plus haut, et si nous avons bien choisi le moment, notre victoire est assurée.

Die proletarische Vorhut ist geistig erobert . Das ist die Haupt sache . Ohne das kann man nicht einmal den ersten Schritt zum Siege machen . Aber von hier bis zum Siege ist es noch ziemlich weit. Mit der Vorhut allein kann man nicht siegen. Die Vorhut allein in den entscheidenden Kampf werfen, solange die ganze Klasse, solange die breiten Massen die Avantgarde nicht direkt unterstützen oder wenigstens eine wohlwollende Neutralität ihr gegenüber üben und eine absolute Unfähigkeit, ihren Gegner zu unterstützen, an den Tag gelegt haben, – wäre nicht nur eine Dummheit, sondern auch ein Verbrechen. Damit aber wirklich die ganze Klasse, die breiten Massen der Werktätigen und vom Kapital Geknechteten einen solchen Standpunkt einnehmen, dazu ist Propaganda und Agitation allein zu wenig . Dazu bedarf es der eigenen politischen Erfahrung dieser Massen . Das ist das grundlegende Gesetz aller großen Revolutionen, das sich jetzt mit überraschender Kraft und Anschaulichkeit nicht nur in Rußland , sondern auch in Deutschland bestätigt hat. Nicht nur die auf niedriger Kulturstufe stehenden, oft des Lesens und Schreibens unkundigen Massen Rußlands, sondern auch die durchweg des Lesens und Schreibens kundigen Massen Deutschlands mit ihrer hohen Kultur mußten an ihrer eigenen Haut die ganze Ohnmacht, Charakterlosigkeit, Hilflosigkeit, das ganze Lakaientum gegenüber der Bourgeoisie, die ganze Gemeinheit der Regierung der Ritter der II. Internationale, die ganze Unvermeidlichkeit der Diktatur der äußersten Reaktionäre (Kornilow in Rußland, Kapp und Co. in Deutschland) als einzige Alternative gegenüber der Diktatur des Proletariats erfahren, um sich entschieden dem Kommunismus zuzuwenden. Die nächste Aufgabe der klassenbewußten Vorhut der internationalen Arbeiterbewegung, d. h. der kommunistischen Parteien, Gruppen, Strömungen, besteht darin, die breiten (jetzt meistens noch schlummernden, apathischen, in althergebrachten Vorstellungen befangenen, konservativen) Massen an diese ihre neue Position heranzuführen, oder genauer gesagt, nicht nur die eigene Partei, sondern auch die Massen bei ihrem Uebergang zur neuen Position zu leiten. Konnte die erste historische Aufgabe (die Gewinnung der klassenbewußten Vorhut des Proletariats für die Sowjetmacht und die Diktatur der Arbeiterklasse) nicht ohne einen vollkommenen, ideologischen und politischen Sieg über den Opportunismus und den Sozialchauvinismus gelöst werden, so kann die zweite, jetzt aktuelle Aufgabe, die Heranführung der Massen an die neue Position, die den Sieg der Vorhut in der Revolution zu sichern vermag, so kann diese aktuelle Aufgabe nicht ohne die Beseitigung des "radikalen" Doktrinarismus, ohne die völlige Ueberwindung seiner Fehler, ohne die Befreiung von diesen Fehlern durchgeführt werden. Solange es sich darum handelt, die Vorhut des Proletariats für den Kommunismus zu gewinnen, solange tritt die Propaganda an die erste Stelle; sogar politische Zirkel mit den ihnen eigenen Schwächen sind hier nützlich und zeitigen wertvolle Ergebnisse. Wenn es sich um die praktische Aktion der Massen handelt, um den Aufmarsch – wenn man so sagen darf – von Millionenarmeen, um die Gruppierung aller Klassenkräfte der gegebenen Gesellschaft zum letzten und entscheidenden Kampf, so kann man hier mit propagandistischen Gewohnheiten allein , mit der bloßen Wiederholung der Wahrheiten des "reinen" Kommunismus nichts ausrichten. Hier gilt es, nicht bis Tausend zu zählen, wie das im Grunde genommen der Propagandist einer kleinen Gruppe tut, die noch keine Massen geführt hat, hier muß man mit Millionen und Dutzenden von Millionen rechnen. Hier muß man sich nicht nur fragen, ob wir die Vorhut der revolutionären Klasse überzeugt haben, sondern auch, ob die historisch wirksamen Kräfte aller Klassen, unbedingt aller Klassen der gegebenen Gesellschaft, ohne Ausnahme, so gruppiert sind, daß die entscheidende Schlacht bereits wirklich herangereift ist , so daß 1. alle uns feindlichen Klassenkräfte genügend in Verwirrung geraten sind, alle diese Klassen miteinander in Fehde liegen, durch den Kampf, der ihre Kräfte übersteigt, genügend geschwächt sind; 2. alle schwankenden, unsicheren, unbeständigen Zwischengruppen, d. h. das Kleinbürgertum, die kleinbürgerliche Demokratie zum Unterschied von der Bourgeoisie, vor dem Volke genügend entlarvt, durch ihren Bankrott in der Praxis genügend bloßgestellt sind; 3. im Proletariat die Stimmung der Massen zugunsten der Unterstützung der entschiedensten, kühnsten, revolutionären Aktionen gegen die Bourgeoisie umgeschlagen ist und immer mächtiger wird. Ist das der Fall, dann ist die Zeit reif für die Revolution, dann ist – wenn wir alle oben erwähnten, kurz charakterisierten Bedingungen richtig eingeschätzt und den Augenblick richtig gewählt haben – unser Sieg sicher.

J. Staline

 

 

 

Stalin
Rechenschaftsbericht an den 17. Parteitag
über die Arbeit des ZK der KpdSU(B)
26. Januar 1934;
Werke, Band 13
Hier S. 261

 

"Die Volksmassen sind noch nicht dahin gelangt, zum Sturm auf den Kapitalismus überzugehen, es kann aber wohl kaum daran gezweifelt werden, dass die Idee des Sturmes im Bewußtsein der Massen heranreift."