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Autriche 1918 – 1945 |
Au début du 20e siècle, un courant politique particulier se forme en Autriche autour d’un groupe de personnes se référant au marxisme. On peut citer : Otto Bauer, Max Adler, Rudolf Hilferding, Friedrich Adler, Karl Renner. Friedrich Adler est le fils de Victor Adler, élu président du Parti ouvrier social-démocrate d’Autriche allemande (SDAPDÖ) lors de sa fondation en 1888; en revanche, Max Adler n’a aucun lien de parenté avec Victor et Friedrich. Le développement de ce courant se cristallise notamment autour de la publication, à partir de 1904, des "Blätter zur Theorie und Politik des wissenschaftlichen Sozialismus", des "Marxstudien" éditées par M. Adler et Hilferding, ainsi que du mensuel "Der Kampf", publié à partir de 1907, dont Bauer dirige la rédaction. Les idées exprimées dans ce cadre sont désignées par le terme d’austro-marxisme. Elles estiment que l’objectif du parti ouvrier doit être d’accéder au pouvoir par les moyens de la démocratie et de l’éducation politique et culturelle, afin de réaliser ensuite la "révolution sociale".
Après la révolution d’octobre 1917 en Russie, l’austro-marxisme tente de jouer un rôle intermédiaire entre la 2e Internationale socialiste et la 3e Internationale communiste. Le programme du SDAPDÖ adopté à Linz en 1926, basé sur un projet rédigé par Bauer, confirme durablement l’opposition au bolchevisme. Bauer explique à ce sujet dans son rapport sur la question du programme[1] :
Mais l’idée décisive pour laquelle nous n’attribuons à la violence qu’un rôle défensif dans ce programme est une idée qui est née avant tout des expériences de la grande révolution russe. Nous l’avons vécu : celui qui recourt à la violence est prisonnier de la violence.
Nous l’avons vécu : de la décision violente ne peut jamais naitre un autre régime que la tyrannie, parce que la guerre civile elle-même, qui fait couler des fleuves de sang, engendre tant de haine, tant de colère, tant de passion, que le vainqueur ne peut, pendant longtemps, contenir les vaincus que par la violence. Mais nous voyons aujourd’hui en Russie ce que signifie remettre la violence illimitée entre les mains de quelques personnes. On commence par confisquer la liberté de la presse pour la bourgeoisie, et on finit par le fait que lorsque Trotsky et Zinoviev veulent parler aux ouvriers russes, ils ne peuvent le faire que dans des brochures illégales. On commence par supprimer la liberté de réunion pour la bourgeoisie et on termine par le fait que la vieille garde de Lénine ne peut plus tenir ses réunions que la nuit dans les bois. On commence par dresser la violence contre la bourgeoisie, et l’on termine par le fait qu’une poignée de gens a en main une violence si illimitée que le prolétariat lui-même ne peut exprimer son opinion que dans la mesure où cette poignée de gens le permet, en répétant bien sûr toujours la vieille expérience qu’il n’y a pas de tentatrice plus terrible que la violence illimitée.
[1]. Sozialdemokratische Arbeiterpartei Deutschösterreichs : Protokoll des sozialdemokratischen Parteitages 1926 – abgehalten in Linz vom 30. Oktober bis 3. November 1926; Wien, Wiener Volksbuchhandlung, 1926; p. 267‑268.]
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