Autriche 1918 – 1945
Annotations historiques :
Österreichisch-Alpine Montangesellschaft, Aout-Septembre 1933

 

Extrait de  : Keesings Archiv der Gegenwart, du 20. September 1933 [1].

Le 8 aout, une grève a éclaté dans le bassin minier de Köflach de la Alpine Montan-Gesellschaft, s’étendant aux mines de lignite de la société situées dans l’ouest et dans le nord de la Styrie, et ayant pour cause une modification des conditions de rémunération effectuée par la société. La grève a été menée avec beaucoup d’acharnement par le personnel qui refusait de quitter les mines, dans lesquelles il restait parfois 14 jours.

En ce qui concerne les antécédents du conflit, il convient de mentionner que le gouvernement avait, par une ordonnance publiée le 7 aout, prescrit le paiement des salaires tous les mois à partir du 1er septembre, au lieu de tous les quinze jours jusqu’alors, et que, par ailleurs, le règlement sur l’assurance des mineurs, entré en vigueur le 1er aout, avait supprimé les "Bruderladen"[2] et transféré l’assurance maladie des mineurs aux caisses régionales, d’entreprise ou d’association, tandis que l’assurance d’invalidité et de survivant était transférée des "Bruderladen" à un fonds d’assurance des mineurs créé le 1er aout 1933. Les dispositions prises par le régime d’assurance des mineurs ont entrainé une augmentation des charges pesant sur les salaires.

Le gouvernement fédéral est arrivé à la conclusion, sur la base des enquêtes qu’il a menées, que la grève a été provoquée par des décisions unilatérales de la Österreichisch-Alpine Montangesellschaft et de la Société des chemins de fer et des mines de Graz-Köflach faisant partie du même groupe, et qui ont entrainé des pertes économiques sensibles pour les travailleurs. Il a été rappelé officiellement qu’en 1932, le gouvernement a décrété, dans l’intérêt de l’industrie houillère autrichienne, l’obligation de mélange[3] pour tous les consommateurs nationaux de charbon, imposant ainsi une charge sensible à l’industrie, à l’artisanat, au commerce et à chaque ménage. Le gouvernement a cru pouvoir imposer cette charge à l’ensemble de la population parce qu’il attendait de l’obligation de mélange le réembauche des mineurs ayant perdu leur emploi, la garantie de l’activité des entreprises, l’amélioration de la balance commerciale et le maintien du calme et de la paix au travail dans les mines. Le communiqué officiel ajoute que les évènements des deux dernières semaines dans les régions minières dans l’ouest et dans le nord de la Styrie ont cependant montré que l’Alpine Montangesellschaft ne semble pas être consciente de la responsabilité qui lui incombe désormais vis-à-vis de la population et du gouvernement. En dépit de l’engagement pris par le gouvernement que la modification de la loi sur les salaires n’entrainerait pas de réduction de la rémunération des ouvriers, la société a décidé une réduction de 1 % de la rémunération en nature [Kohlendeputate[4]], une augmentation de 2 à 3 % du loyer et, en outre, une réduction allant jusqu’à 11 % des taux de salaire [Gedingsätze[5]] pour tous les nouveaux ouvriers. Ces mesures, qui ont coïncidé dans le temps avec des mesures prises par le gouvernement, ont eu pour effet de donner l’impression aux travailleurs que ces réductions de salaire étaient une conséquence obligatoire des ordonnances du gouvernement sur la prolongation du délai de paiement des salaires dans les mines et sur l’assurance des mineurs. En réalité, l’ordonnance sur les délais de paiement des salaires ne pouvait entrainer aucune diminution des salaires, tandis que la charge, que le règlement sur l’assurance des mineurs entré en vigueur le 1er aout entrainait, pesait sur la salariale seulement à hauteur de 3 %. Des organes dépendant de l’entreprise, dont la conduite relève donc de la responsabilité de l’entreprise, ont profité des difficultés économiques des ouvriers pour se livrer à une agitation politique contre le gouvernement. Le gouvernement est convaincu que la grève n’aurait pas eu lieu sans les mesures et présentations unilatérales de l’Alpine Montangesellschaft et sans le soutien ou au moins la tolérance de l’agitation contre le gouvernement. Le gouvernement a donc décidé (après que l’Alpine Montangesellschaft, sous la pression des démarches dont elle a été menacée par le gouvernement, n’a accepté de revenir que partiellement sur la mesure qu’elle avait unilatéralement décrétée) de contraindre la société à rétablir et à maintenir les conditions salariales antérieures, et à cette fin a nommé un commissaire du gouvernement doté de pouvoirs étendus ainsi qu’un suppléant du commissaire.

L’ordonnance gouvernementale y afférente stipule que les conditions de rémunération, dans la mesure où elles ont été détériorées par contrat individuel ou par décision unilatérale par rapport à la situation du 1er avril 1933, doivent être rétablies immédiatement à partir du 18 septembre 1933 et maintenues jusqu’au 31 décembre 1933. La fixation de la rémunération avec prise en compte de la qualité du charbon[6] et le paiement des salaires s’effectuent à nouveau deux fois par mois. Le commissaire du gouvernement est autorisé à prendre, au nom de la société, toutes les dispositions qu’il jugera nécessaires à l’exécution des présentes dispositions et peut conclure les actes nécessaires à cet effet, avec effet pour la société. L’approbation du commissaire du gouvernement est nécessaire pour toute réduction de l’effectif du personnel par rapport à la situation du 4 septembre 1933. Les infractions sont punies d’une amende de 2.000 shillings au maximum ou d’une détention de six mois au maximum; les peines peuvent être prononcées de front.

 



[1]Heinrich v. Siegler, Keesing`s Archiv der Gegenwart (AdG), 1933, Verlag: Wien, Siegler; S. 1045.

[2]. Depuis la fin du Moyen Âge, on désigne par "Bruderladen" (littéralement "tiroirs fraternels") les institutions sociales situées sur les sites miniers et industriels.

[3]. Dans la période précédant la Seconde Guerre mondiale, 90 % du charbon autrichien était extrait dans des mines profondes. L’exploitation du lignite ne pouvait pas concurrencer les mines des pays voisins, qui fournissaient un charbon de meilleure qualité ou qui exploitaient un charbon équivalent dans des conditions plus favorables avec des méthodes et des machines modernes. Les ventes se limitaient à un secteur très restreint, où le fret ne représentait qu’une fraction de celui du charbon importé. Pour que le lignite national soit vendu en quantités significatives, il fallut édicter des ordonnances sur les combustibles, et finalement introduire une obligation de mélange avec le charbon étranger.

[4]. Deputat : partie de la rémunération en nature.

[5]. Geding : rémunération du travail.

[6]. Dans l’original : Gedingabnahme.