{"id":197,"date":"2024-10-24T19:09:35","date_gmt":"2024-10-24T17:09:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/?p=197"},"modified":"2026-01-29T18:47:56","modified_gmt":"2026-01-29T17:47:56","slug":"1931-02-15-otto-heller-solution-question-juive-urss","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/1931-02-15-otto-heller-solution-question-juive-urss\/","title":{"rendered":"1931-02-15 &#8211; Otto Heller : \u00ab\u00a0La solution de la question juive en URSS\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<body lang=FR link=\"#0000C8\" vlink=\"#0000C8\"> <div class=WordSection1><p class=Texte align=left style='margin-bottom:0cm;margin-bottom:.0001pt; text-align:left;text-indent:0cm;line-height:3.0pt'><span style='font-size:3.0pt; color:white'><!--more --><\/span><\/p><p class=Titre style='margin-top:0cm'>Otto Heller&nbsp;:<br> &quot;La solution de la question juive en URSS&quot;<span class=MsoEndnoteReference>&nbsp;<\/span><a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\" title=\"\"><span class=MsoEndnoteReference><span style='font-weight:normal'><span class=MsoEndnoteReference><span style='font-size:12.0pt;letter-spacing:1.0pt'>[1]<\/span><\/span><\/span><\/span><\/a><br> <span style='font-family:\"Garamond\",\"serif\"'>(1931)<\/span><\/p> <p class=Intertitre2>I<\/p> <p class=Intertitre2>La question juive pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es de la r\u00e9volution<\/p> <p class=Texte>Maintenant que le plan quinquennal va vers son ach\u00e8vement, et que les derniers d\u00e9tails de cette formidable entreprise deviennent visibles, l\u2019attention de l\u2019opinion publique mondiale est attir\u00e9e sur un probl\u00e8me de l\u2019\u00e9dification socialiste qui, s\u2019il n\u2019en est qu\u2019une petite partie, a n\u00e9anmoins une importance d\u00e9passant de loin les fronti\u00e8res de l\u2019Union sovi\u00e9tique&nbsp;: la question juive.<\/p> <p class=Texte>La question juive a \u00e9t\u00e9 remise \u00e0 l\u2019ordre du jour par l\u2019anti-s\u00e9mitisme fasciste, d\u2019une part, et par la crise du sionisme, de l\u2019autre. Et, en effet, cette question m\u00e9rite davantage qu\u2019un int\u00e9r\u00eat superficiel. Elle est plut\u00f4t une pierre d\u2019achoppement du fait que la question nationale, dans sa forme la plus compliqu\u00e9e et dans ses formes les plus cach\u00e9es en apparence, ne peut \u00eatre r\u00e9solue que par le socialisme. Arracher le juda\u00efsme oriental, paup\u00e9ris\u00e9 socialement, derni\u00e8re r\u00e9serve id\u00e9ologique du juda\u00efsme bourgeois cosmopolite, \u00e0 son \u00e9treinte de caste, cause de sa mis\u00e8re et de la haine de ses ennemis, faire rena\u00eetre la nation juive l\u00e0 o\u00f9 son existence est ind\u00e9niable, du ghetto de la caste moyen\u00e2geuse en une nation socialiste, tel est l\u2019objectif du formidable travail de regroupement qu\u2019op\u00e8re le gouvernement sovi\u00e9tique.<\/p> <p class=Texte>Des 5,5 millions de Juifs vivant avant la r\u00e9volution d\u2019Octobre sur le territoire de l\u2019ancien Empire russe, 2,6 millions sont rest\u00e9s sur le territoire de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Les Juifs de l\u2019ancienne Russie \u00e9taient forc\u00e9s par les lois de vivre dans certains gouvernements occidentaux de l\u2019Empire. Seule une minorit\u00e9 infime de Juifs ais\u00e9s parvint \u00e0 vivre comme commer\u00e7ant de premi\u00e8re ou de deuxi\u00e8me classe, comme m\u00e9decins ou avocat, en dehors de ce rayon de colonisation juive qui s\u2019\u00e9tendait sur les territoires occidentaux de la Pologne, de la Lituanie, de la Russie Blanche, de l\u2019Ukraine sovi\u00e9tique occidentale et m\u00e9ridionale, ainsi que de la Bessarabie.<\/p> <p class=Texte>La position sociale des Juifs, conditionn\u00e9e par l\u2019\u00e9tat arri\u00e9r\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du d\u00e9veloppement social, donc \u00e9conomique, de l\u2019empire tsariste qui en faisait une caste de commer\u00e7ants, de pr\u00e9teurs d\u2019argent et de petits artisans portant le stigmate religieux, l\u2019absence d\u2019une large classe bourgeoise, la concentration des Juifs dans de petites villes par suite de l\u2019interdiction qui leur \u00e9tait faite d\u2019acqu\u00e9rir de la terre et de poursuivre la colonisation commenc\u00e9e il y a plus de cent ans,&nbsp;&#8209;tout cela cr\u00e9a dans l\u2019Est europ\u00e9en la question juive, question sociale aussi bien que nationale. Ce ghetto forc\u00e9 sauva cependant la religion et la nationalit\u00e9.<\/p> <p class=Texte>Pour se faire une id\u00e9e du contenu particulier du probl\u00e8me des Juifs sovi\u00e9tiques, il faut consid\u00e9rer quelques chiffres. Avant la r\u00e9volution de 1917, il y avait, sur cent Juifs de l\u2019Est de la Russie, 15 ouvriers, 10 employ\u00e9s, 2,2 paysans, 13 artisans, 35 commer\u00e7ants et entrepreneurs, un soldat et 14 &quot;autres&quot;. Ces &quot;autres&quot; n\u2019\u00e9taient dans leur grande majorit\u00e9, pas plus que les commer\u00e7ants, des \u00e9l\u00e9ments travailleurs. 49&nbsp;% de la population juive n\u2019appartenaient pas \u00e0 la classe laborieuse. 35&nbsp;% de la population juive \u00e9taient des commer\u00e7ants, alors que ce chiffre ne s\u2019\u00e9levait qu\u2019\u00e0 3,9&nbsp;% parmi la population non-juive. Des travailleurs, presque tous \u00e9taient occup\u00e9s dans l\u2019industrie juive \u00e0 domicile et dans l\u2019artisanat, la plupart des entreprises industrielles \u00e9taient ferm\u00e9es aux ouvriers juifs. En 1898, on comptait parmi les ouvriers juifs de la Russie non moins de 53,9&nbsp;% de tailleurs et cordonniers, et seulement 10,5&nbsp;% de m\u00e9tallurgistes. Des artisans, non moins de 55,6&nbsp;% \u00e9taient des tailleurs, des cordonniers et autres travailleurs du cuir. Si dans le rayon de colonisation juive, il y avait en moyenne 2,2&nbsp;% de tailleurs sur le nombre total de la population, en dehors du rayon, par exemple dans la ville de Smolensk, ce pourcentage n\u2019\u00e9tait que de 1,1&nbsp;% par cent habitants. En 1920, il y avait encore dans certaines villes de l\u2019Ukraine jusqu\u2019\u00e0 22&nbsp;% de Juifs propri\u00e9taires de petites boutiques et de kiosques. On peut se faire ainsi une id\u00e9e approximative du bas niveau de vie de ces petits commer\u00e7ants et petits artisans juifs.<\/p> <p class=Texte>Pour les Juifs, la victoire de la r\u00e9volution d\u2019Octobre, termina \u00e9videmment la p\u00e9riode des horreurs de la guerre civile et des pogroms, effa\u00e7a leur stigmate, fit tomber d\u00e9finitivement les fronti\u00e8res du rayon de colonisation, devenues illusoires d\u00e9j\u00e0 pendant la guerre mondiale, et fit surgir en grand nombre, des \u00e9coles, des th\u00e9\u00e2tres et des journaux juifs, en m\u00eame temps elle souleva \u00e0 nouveau la question juive.<\/p> <p class=Texte>Celle-ci devint alors visible dans toute son ampleur, ampleur d\u00e9termin\u00e9e par les conditions sociales. Ni les questions de race ou de religion, ni le ghetto ou l\u2019interdiction d\u2019acqu\u00e9rir de la terre n\u2019obscurcirent plus le probl\u00e8me. Le peuple, r\u00e9duit en caste par l\u2019histoire, ne pouvait plus faire, au moment de son \u00e9mancipation de l\u2019oppression nationale, son assimilation au groupement de classe du monde bourgeois, ce monde ayant sombr\u00e9 quand tomb\u00e8rent ses propres murs de prison.<\/p> <p class=Texte>La r\u00e9volution d\u2019Octobre priva la majorit\u00e9 \u00e9crasante des Juifs rest\u00e9s sur la terre sovi\u00e9tique de leur base d\u2019existence d\u00e9j\u00e0 extr\u00eamement mis\u00e9rable. Les commer\u00e7ants n\u2019appartenant pas \u00e0 la classe des travailleurs, perdirent en grande partie le droit \u00e9lectoral. Perte du droit \u00e9lectoral, cela signifie perte du droit au travail, \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion au syndicat et \u00e0 la coop\u00e9rative. Les commer\u00e7ants, avec ou sans droits politiques, n\u2019avaient plus rien pour faire du commerce. L\u2019organisation du commerce par les coop\u00e9ratives se fit \u00e0 un rythme rapide, notamment en Ukraine et en Russie Blanche occidentale. Le propri\u00e9taire d\u2019une boutique perdit le cr\u00e9diteur (qui, \u00e9videmment, s\u2019appauvrissait aussi), l\u2019interm\u00e9diaire ou le n\u00e9gociant en gros. Abstraction faite du fardeau fiscal dont le gouvernement sovi\u00e9tique greva les entreprises priv\u00e9es\u00a0\u00a0 les commer\u00e7ants durent s\u2019adonner \u00e0 la contrebande ou \u00e0 la sp\u00e9culation illicite ou devenir des ouvriers manuels, le commerce \u00e9tant en URSS l\u2019affaire de l\u2019\u00c9tat et des coop\u00e9ratives.<\/p> <p class=Texte>Le petit artisan juif a subi et subit encore un sort identique. Tout d\u2019abord, il fut frapp\u00e9 par la p\u00e9nurie des mati\u00e8res premi\u00e8res. Et lorsque les mati\u00e8res premi\u00e8res reparurent, l\u2019\u00c9tat les distribua en premier lieu aux entreprises \u00e9tatiques, aux coop\u00e9ratives de production, aux artels. Le coup mortel fut port\u00e9 au petit artisan juif lorsque commen\u00e7a l\u2019\u00e9dification socialiste de l\u2019\u00e9conomie, l\u2019industrialisation. La forme de production dans les petites villes juives correspondait absolument au niveau de toute l\u2019\u00e9conomie environnante, notamment de l\u2019agriculture. Elle ne lui c\u00e9dait en rien quant \u00e0 son caract\u00e8re primitif, patriarcal. Les v\u00eatements et les souliers, on les fabrique aujourd\u2019hui en Union sovi\u00e9tique aussi bien qu\u2019ailleurs, avec des machines, ou alors par la production coop\u00e9rative. On ne laboure plus avec la charrue de bois. Le tailleur n\u2019est plus accroupi dans son trou de cave pour coudre des caftans. 48&nbsp;% de la population juive ont ainsi \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s directement par la r\u00e9volution. Les 14&nbsp;% &quot;d\u2019autres&quot; ayant \u00e9t\u00e9 en partie des interm\u00e9diaires, des agents ou des &quot;ouvriers noirs&quot;, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s non plus. Un pourcentage minime appartenait \u00e0 des professions lib\u00e9rales. Les petites villes juives ne peuvent plus les nourrir. Restent encore les employ\u00e9s.<\/p> <p class=Texte>Leur nombre s\u2019est accru formidablement. D\u2019anciennes existences ind\u00e9pendantes se sauv\u00e8rent en entrant \u00e0 temps dans l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, dans les bureaux des instituts \u00e9conomiques, dans les innombrables bureaux de comptabilit\u00e9 et comptoirs des coop\u00e9ratives, dans les bureaux de fabriques, pour devenir ainsi des employ\u00e9s. Mais, la proportion des Juifs de l\u2019ancien rayon de colonisation est relativement minime parmi les employ\u00e9s. Ceux-ci se recrutent parmi les restes de l\u2019ancienne bourgeoisie et des intellectuels juifs qui avaient obtenu l\u2019autorisation de s\u00e9journer dans les grandes villes situ\u00e9es au dehors du rayon de colonisation et qui s\u2019\u00e9taient lanc\u00e9s en partie dans la r\u00e9volution, ainsi que parmi les familles juives qui, pendant la guerre mondiale, s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9es ou avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9es dans les r\u00e9gions centrales de la Russie. Ces employ\u00e9s constituent la plupart du temps le pr\u00e9texte ext\u00e9rieur de l\u2019antis\u00e9mitisme qui est combattu de la mani\u00e8re la plus s\u00e9v\u00e8re, tant id\u00e9ologiquement que par les lois, mais qui, cependant, n\u2019a pas encore disparu, pas plus que les formes de l\u2019esprit contre-r\u00e9volutionnaire qui a trouv\u00e9 un dernier refuge chez les gros paysans, le clerg\u00e9 et avant tout, aussi, chez les intellectuels. Les id\u00e9ologies ne meurent pas du jour au lendemain. La r\u00e9volution est un processus. Et, en US, elle n\u2019est non plus pas encore termin\u00e9e.<\/p> <p class=Texte>Les Juifs des grandes villes situ\u00e9es plus \u00e0 l\u2019Est seront certainement perdus pour leur nation. Ils s\u2019assimilent, ils se perdent dans la masse du peuple russe. Les choses se pr\u00e9sentent autrement dans les villes blancs-russiennes o\u00f9 l\u2019industrialisation a absorb\u00e9 des masses de Juifs d\u00e9class\u00e9s, les concentre dans les fabriques, dans les villes et en fait des ouvriers industriels. L\u2019ancien ghetto a conserv\u00e9 aux masses juives leur nationalit\u00e9. L\u2019Est &#8209;&nbsp;consid\u00e9r\u00e9 de l\u2019Europe occidentale&nbsp;&#8209; fut le grand r\u00e9servoir d\u2019o\u00f9 le juda\u00efsme occidental p\u00e9riclitant \u00e9tait rafra\u00eechi toujours \u00e0 nouveau et dont le sionisme et autres nationalismes juifs tiraient leurs forces. Cet Est &#8209;&nbsp;l\u2019Ouest pour Moscou&nbsp;&#8209; sauve maintenant, \u00e0 Minsk et \u00e0 Kharkov, \u00e0 Odessa et \u00e0 Yalta, l\u2019existence de son peuple. Les ouvriers juifs, et leur nombre fait d\u00e9j\u00e0 l\u00e9gion (de 1914 \u00e0 1926, il a augment\u00e9 de 30&nbsp;% et s\u2019accro\u00eet sans cesse), apportent leur langue dans la ville industrielle. Leur culture se d\u00e9veloppe librement gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9volution. Ils ont leur presse, leurs \u00e9coles, leurs clubs et leurs th\u00e9\u00e2tres. \u00c0 Minsk, la minorit\u00e9 juive, autrefois un peuple de tailleurs et de commer\u00e7ants, est aujourd\u2019hui un facteur vivant, jeune, conscient et d\u00e9cisif au point de vue culturel. Les employ\u00e9s juifs (leur nombre s\u2019accrut, dans toute l\u2019Union, de 180&nbsp;% de 1914 \u00e0 1926!) s\u2019assimilent la culture prol\u00e9tarienne juive des ouvriers juifs.<\/p> <p class=Intertitre2>II<\/p> <p class=Intertitre2>La colonisation juive<\/p> <p class=Texte>Il est cependant impossible de r\u00e9soudre la question juive en Union sovi\u00e9tique par l\u2019augmentation du nombre des employ\u00e9s et par la cr\u00e9ation d\u2019un prol\u00e9tariat juif industriel. Il s\u2019agit, en effet, d\u2019une masse de plus de 2,5 millions d\u2019hommes. En faisant abstraction des employ\u00e9s et des ouvriers industriels d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9s dans les entreprises, il reste &#8209;&nbsp;sur les chiffres de 1928&nbsp;&#8209; encore un peuple d\u2019environ 1,5 millions d\u2019hommes sans m\u00e9tier pour ainsi dire, pauvres comme des mendiants, 1,5 millions d\u2019hommes de tout \u00e2ge, non qualifi\u00e9s et d\u00e9class\u00e9s. Depuis 1928, ce nombre a cependant diminu\u00e9, le rythme de l\u2019industrialisation s\u2019\u00e9tant acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par suite de l\u2019ex\u00e9cution du plan quinquennal, et les besoins grandissants de forces de travail entra\u00eenant toujours de nouvelles couches de la population juive dans les fabriques. C\u2019est ainsi, par exemple, que le nombre de m\u00e9tallurgistes juifs s\u2019accro\u00eet rapidement. \u00c0 Kertch (en Crim\u00e9e), il y a environ 1800 m\u00e9tallurgistes juifs, \u00e0 Odessa, environ 700, occup\u00e9s dans l\u2019industrie m\u00e9canique et autant dans l\u2019industrie m\u00e9tallurgique de transformation. En Russie Blanche, on compte d\u00e9j\u00e0 1500 ouvriers de fabrique juifs. Tout r\u00e9cemment, pr\u00e8s de 7000 jeunes Juifs ont \u00e9t\u00e9 admis dans ce qu\u2019on appelle les \u00e9coles de perfectionnement professionnel d\u2019o\u00f9 sortent les ouvriers de fabrique qualifi\u00e9s. Plusieurs milliers de jeunes Juifs sont instruits dans le service des chemins de fer. Plusieurs centaines de jeunes Juifs ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s dans les fabriques de l\u2019Oural, notamment \u00e0 Magnitogorsk, pour devenir des m\u00e9tallurgistes hautement qualifi\u00e9s.<\/p> <p class=Texte>Mais en d\u00e9pit de l\u2019industrialisation, la colonisation des Juifs d\u00e9racin\u00e9s reste le probl\u00e8me essentiel. Permettant le d\u00e9veloppement de la vie particuli\u00e8re aux Juifs, de leur autonomie administrative et de leur conscience politique prol\u00e9tarienne, la colonisation r\u00e9sout dans une grande mesure le probl\u00e8me social et national des Juifs. En m\u00eame temps, l\u2019agrarisation des Juifs exempts de l\u2019entrave des traditions villageoises pouvant se faire sur la base sociale et technique la plus moderne, aboutit \u00e0 leur int\u00e9gration compl\u00e8te comme \u00e9gaux entre \u00e9gaux dans la communaut\u00e9 des 150 peuples de l\u2019Union. La caste s\u2019int\u00e8gre ainsi dans la classe qui a an\u00e9anti son pass\u00e9. La caste moribonde ne peut pas se jeter dans les bras du pass\u00e9, mais seulement dans les bras de l\u2019avenir, du prol\u00e9tariat. Tel est le sens profond de la colonisation juive et de l\u2019industrialisation en URSS.<\/p> <p class=Texte>La colonisation enregistre des succ\u00e8s sans pr\u00e9c\u00e9dent. Elle a l\u2019avantage de s\u2019effectuer en silence, sans grand bruit. En voici un bref bilan et\u2026 on serait inexcusable de ne pas donner ici, comme terme de comparaison, quelques chiffres palestiniens.<\/p> <p class=Texte>Imm\u00e9diatement apr\u00e8s la r\u00e9volution, presque encore dans le feu de la guerre civile, des milliers de familles juives de la Russie Blanche et de l\u2019Ukraine prirent possession des fermes d\u00e9sertes et s\u2019empar\u00e8rent de la terre o\u00f9 ils la trouv\u00e8rent. Cette colonisation &quot;sauvage&quot; comprenait, en 1926, non moins de 12.477 familles avec 61 688 personnes et environ 7000 hectares de terre. En 1924, fut cr\u00e9\u00e9 aupr\u00e8s du Comit\u00e9 ex\u00e9cutif central de l\u2019URSS, &quot;le Comit\u00e9 pour la colonisation des Juifs travailleurs&quot; (Komzet) qui se chargea de la colonisation syst\u00e9matique en distribuant aux Juifs des terres du fonds gouvernemental de colonisation. Le financement se fait soit avec des moyens budg\u00e9taires, soit avec les cr\u00e9dits des banques sovi\u00e9tiques, mais avant tout, par des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res parmi lesquelles il faut mentionner l\u2019&quot;Agrojoint&quot;, une soci\u00e9t\u00e9 russo-am\u00e9ricaine disposant d\u2019un capital de 20 millions de dollars. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019&quot;Agrojoint&quot; travaillent encore l\u2019&quot;Ica&quot;, la &quot;F\u00e9d\u00e9ration locale&quot; et depuis 1927, la soci\u00e9t\u00e9 sovi\u00e9tique &quot;Ozet&quot; avec ses organisations soeurs &quot;Icor&quot; (New York) et &quot;Procor&quot; (Buenos Aires) s\u2019occupant de pr\u00e9f\u00e9rence de la question du Birobidjan.<\/p> <p class=Texte>D\u2019apr\u00e8s un calcul bas\u00e9 sur les chiffres sovi\u00e9tiques officiels (qui sont en partie inexacts, la colonisation \u00e9tant un mouvement en fluctuation permanente) et sur des donn\u00e9es non sovi\u00e9tiques (Dictionnaire juif, Berlin, 1930), la terre assign\u00e9e par le &quot;Komzet&quot; \u00e0 la colonisation, s\u2019\u00e9levait, fin 1929, \u00e0 541.700 hectares\u00a0\u00a0 en Ukraine, en Crim\u00e9e, en Russie Blanche, au Daguestan, \u00e0 Smolensk, en Azerbeidjan, en Ouzbekistan. Ces chiffres ne comprennent pas ce qu\u2019on appelle la terre &quot;ancienne&quot; provenant des colonies cr\u00e9\u00e9es vers 1850. \u00c0 ce chiffre viennent s\u2019ajouter 3.895.700 hectares de terre en Birobidjan, dont environ 1.900.000 hectares de terre montagneuse incultivable. 36.400 familles furent colonis\u00e9es en tout jusqu\u2019\u00e0 la fin 1929; il y faut encore ajouter environ 12.000 &quot;anciennes familles de colons&quot; (d\u2019avant-guerre). En supposant une moyenne de cinq membres par famille, il en r\u00e9sulte que la colonisation comprend environ 182.000, respectivement 242.000 personnes. Ce sont l\u00e0 les chiffres pour 1929. En 1930, environ 3000 familles furent colonis\u00e9es, principalement en Crim\u00e9e et en Ukraine m\u00e9ridionale, de sorte que le nombre de la population juive travaillant la terre s\u2019\u00e9l\u00e8ve actuellement \u00e0 environ 255.000, soit 9&nbsp;% en chiffres ronds, contre 4&nbsp;% en 1913.<\/p> <p class=Texte>Or, ce n\u2019est que maintenant que l\u2019oeuvre de colonisation va faire un formidable pas en avant. Trois rayons nationaux juifs en Ukraine, environ 400 villages juifs jouissant de l\u2019autonomie administrative, tout cela n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but. Pour 1931, on a assign\u00e9 100.000 hectares de terre situ\u00e9e dans la Crim\u00e9e centrale, \u00e0 la colonisation juive, qui se fera avec le concours de l\u2019&quot;Agrojoint&quot;. Une proposition a \u00e9t\u00e9 faite (projet Larine) d\u2019assigner aux Juifs &#8209;&nbsp;\u00e0 220.000 personnes&nbsp;&#8209; en tout 550.000 hectares de terre libre en Crim\u00e9e (la Crim\u00e9e centrale, pays de steppe, a une population peu dense; deux tiers de la population indig\u00e8ne ont \u00e9t\u00e9 an\u00e9antis ou chass\u00e9s par le tsarisme, il y a 150 ans) qui auront pour t\u00e2che de coloniser et d\u2019industrialiser ce pays. Ce plan a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par le congr\u00e8s de l\u2019&quot;Ozet&quot; (l\u2019organisation sovi\u00e9tique dirigeant la colonisation agricole des Juifs travailleurs en Union sovi\u00e9tique) apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 par le gouvernement. Les premiers 100.000 hectares ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 assign\u00e9s comme nous l\u2019avons dit plus haut. Tout r\u00e9cemment, le premier rayon national juif de la Crim\u00e9e a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 \u00e0 Freidorf. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 le quatri\u00e8me rayon national juif, les trois autres se trouvant en Ukraine.<\/p> <p class=Texte>Encore avant que n\u2019eussent surgi les nouveaux grands projets de Crim\u00e9e, celui du Birobidjan avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 achemin\u00e9 vers sa r\u00e9alisation. Dans l\u2019intention de mettre un territoire absolument &quot;vide&quot; \u00e0 la disposition de la colonisation juive, afin de cr\u00e9er ainsi un centre de la vie politique nationale juive dans l\u2019Union, le choix tomba, en mars 1928, apr\u00e8s de longues recherches, sur le territoire situ\u00e9 entre les deux fleuves Bira et Bidjan sur l\u2019Amour (Asie centrale). Nous nous \u00e9carterions de notre sujet si nous voulions d\u00e9peindre ce pays extraordinairement riche, presque non peupl\u00e9, mais offrant toutes les possibilit\u00e9s de d\u00e9veloppement. L\u2019ayant vu, je peux en donner ici une caract\u00e9ristique br\u00e8ve&nbsp;: un paradis pouvant \u00eatre mis en valeur par de grands moyens. Jusqu\u2019\u00e0 la fin de 1930, 2050 Juifs avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s comme colons dans le Birobidjan. Des communes, des kolkhoz, des sovkhoz, les cultures techniques, l\u2019\u00e9levage du b\u00e9tail, l\u2019apiculture prosp\u00e8rent d\u00e9j\u00e0; la construction d\u2019une voie ferr\u00e9e est envisag\u00e9e pour 1931&#8209;1932, une fabrique de conserves, d\u2019une production annuelle de 1.660.000 bo\u00eetes, sera prochainement mise en chantier. Pour 1931, le gouvernement sovi\u00e9tique a mis non moins de 20 millions de roubles \u00e0 la disposition du Birobidjan dont la plus grande partie provient des moyens budg\u00e9taires non remboursables et le reste est allou\u00e9 sous forme d\u2019investissements dans divers sovkhoz, banques centrales ou agricoles. Jusqu\u2019\u00e0 la fin de 1930, 5,3 millions de roubles avaient \u00e9t\u00e9 investis au Birobidjan dont 4 millions de fonds budg\u00e9taires. Il vient justement de s\u2019y ouvrir la premi\u00e8re haute \u00e9cole technique. Trois stations de tracteurs sont en construction. Et, le long de la voie ferr\u00e9e, on est en train d\u2019\u00e9tablir, avec fortes d\u00e9penses, de nombreuses petites entreprises industrielles servant avant tout \u00e0 la construction d\u2019habitations et d\u2019ateliers et \u00e0 la confection des routes. C\u2019est ainsi, par exemple, que deux grandes tuileries sont en construction. La grande route transversale reliant le chemin de fer \u00e0 l\u2019Amour sera achev\u00e9e encore avant la voie ferr\u00e9e.<\/p> <p class=Texte>Ces quelques chiffres ne donnent qu\u2019une id\u00e9e vague de ce qui a \u00e9t\u00e9 fait pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me juif en URSS. Il faudrait encore donner le nombre des \u00e9coles juives du premier et du second degr\u00e9, des \u00e9coles professionnelles, des \u00e9coles agricoles (il en existe d\u00e9j\u00e0 quatre dans la seule Crim\u00e9e), les chiffres sur la collectivisation (qui atteint 75&nbsp;% dans la r\u00e9gion de Kherson et 95% dans le Birobidjan).<\/p> <p class=Texte>Maintenant, passons rapidement en revue ce qui a \u00e9t\u00e9 fait en Palestine&nbsp;: la terre juive en Palestine a une superficie de 100.000 hectares en chiffres ronds. 20.000 seulement appartiennent au fonds national inali\u00e9nable. Il n\u2019existe que 140 colonies juives en Palestine. Apr\u00e8s un travail de colonisation de pr\u00e8s de 50 ans, le nombre des Juifs \u00e9tait un peu sup\u00e9rieur \u00e0 30.000. Apr\u00e8s les ann\u00e9es de grande immigration cons\u00e9cutives \u00e0 la d\u00e9claration Balfour, on compte 165.000 Juifs en Palestine, donc bien moins qu\u2019en Union sovi\u00e9tique o\u00f9 la colonisation ne fut commenc\u00e9e qu\u2019en 1920. La terre cultivable dans le seul Birobidjan est plus vaste que toute la Palestine et elle est presque non peupl\u00e9e. La terre libre en Crim\u00e9e est presque aussi vaste que la terre encore cultivable en Palestine (d\u2019apr\u00e8s le livre blanc). Et personne ne revendique cette terre, elle est libre.<\/p> <p class=Texte>La question juive en Union sovi\u00e9tique n\u2019est pas encore r\u00e9solue. Mais elle le sera, nous pouvons l\u2019affirmer. Que l\u2019on consid\u00e8re seulement la mis\u00e8re grandissante des 3,5 millions de Juifs vivant en Pologne, en Lituanie et en Roumanie. Quiconque se rend \u00e0 Minsk, qu\u2019il descende d\u2019abord \u00e0 Pinsk, en Pologne, et il saura \u00e0 quoi s\u2019en tenir.<\/p> <p class=MsoNormal>&nbsp;<\/p> <\/div> <div><br clear=all> <hr align=left size=1 width=\"33%\"> <div id=edn1> <p class=MsoEndnoteText><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\" title=\"\"><span class=MsoEndnoteReference><span style='font-size:12.0pt'><span class=MsoEndnoteReference><span style='font-size:12.0pt'>[1]<\/span><\/span><\/span><\/span><\/a>.&nbsp;<i>Correspondance internationale<\/i>, 11e&nbsp;ann\u00e9e, no&nbsp;15, 25&nbsp;f\u00e9vier 1931, p.&nbsp;236, et no&nbsp;17, 28&nbsp;f\u00e9vrier, p.&nbsp;260.<\/p> <\/div> <\/div> <\/body>\n <!--themify_builder_content-->\n<div id=\"themify_builder_content-197\" data-postid=\"197\" class=\"themify_builder_content themify_builder_content-197 themify_builder tf_clear\">\n    <\/div>\n<!--\/themify_builder_content-->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,9],"tags":[],"class_list":["post-197","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article-document","category-francais-document","has-post-title","has-post-date","has-post-category","has-post-tag","has-post-comment","has-post-author",""],"builder_content":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=197"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/197\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=197"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=197"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.rocml.org\/References-ML\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=197"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}