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1931-12-31 – J. B. : « Panislamisme et impérialisme »
J. B. (Jérusalem) :
Panislamisme et impérialisme [1]
(31 décembre 1931)
A propos du congrès islamique de Jérusalem
Le congrès islamique de Jérusalem devait consolider les forces réactionnaires de l’Islam pour mieux tromper les masses musulmanes et appuyer l’impérialisme. Telle fut du moins l’intention de l’impérialisme britannique et de son India Office qui s’était proposé d’exploiter le fanatisme musulman dans l’intérêt de la politique de la Grande-Bretagne. Ce fut aussi l’intention des chefs réactionnaires des Musulmans des Indes et de Chaukat Ali en premier lieu qui fut d’ailleurs l’initiateur et l’organisateur du congrès, aidé en cela par le Mufti de Jérusalem et par une série de chefs musulmans des pays arabes.
Les débats du congrès ainsi que ses résultats montrent pourtant que les intentions impérialistes n’ont pas été couronnées de succès. Il ne saurait être question d’une consolidation de l’Islam à la suite de ce congrès. Etant donné la lutte qui divise les différentes cliques féodales, les différentes intrigues impérialistes, la dispute qui sépare les différents groupements de chefs réactionnaires dans leur désir d’être choisis par les impérialistes pour leurs entreprises d’oppression, le désaccord est si grand entre eux, leurs luttes et leurs disputes sont si fortes qu’il est absolument impossible de parler d’une consolidation quelconque. En Palestine même, d’ailleurs, a eu lieu parallèlement au congrès une manifestation des notabilités musulmanes mécontentes qui désavouèrent le congrès et lui nièrent tout droit de parler au nom des Musulmans. Il s’agit là du groupe réactionnaire autour du maire de Jérusalem, Nachachibi, qui fut le premier à collaborer avec les impérialistes britanniques et qui craint à l’heure actuelle la "concurrence" du groupe du Mufti allié à Chaukat Ali.
Dans les autres pays de l’Islam, les avis sont également très partagés quant au congrès de Jérusalem. Nombreux sont les chefs musulmans des Indes, ceux surtout qui sont en faveur d’une collaboration avec le congrès national indien, qui se sont prononcés contre le congrès islamique. Ibn Séoud du Hedjaz (dont l’empire Wahabite enclave aujourd’hui les lieus saints de l’Islam) garde lui aussi une attitude hostile et vient d’annoncer la convocation à la Mecque d’un nouveau congrès. Les républicains turcs avaient combattu le congrès dès le début, alors que plusieurs pays musulmans se contentent d’une attitude indifférente.
Au congrès lui-même, il y eut très peu d’unité. On assistait constamment à l’explosion des contradictions et des rivalités qui séparent les différents groupements.
Les discussions et les décisions du congrès sont démunies de tout intérêt et ne touchent presqu’à aucun des problèmes vitaux des masses musulmanes. Même la lutte contre le sionisme qui devait pour ainsi dire constituer le "clou" du congrès, fut en réalité extrêmement banale. On peut s’en rendre compte par le fait que la résolution contre le système des mandats dans les pays arabes n’a même pas été discutée à la suite de l’opposition de Chaukat Ali.
Par contre, le congrès a dévoilé son véritable caractère réactionnaire, non seulement par la mise en relief de son caractère clérical musulman, mais aussi par des résolutions dont le caractère montrait la qualité de valets de l’impérialisme de leurs rédacteurs. C’est ainsi qu’on a adopté à l’unanimité une adresse de félicitations (!) au roi Fuad. On y a condamné à maintes reprises "l’hérésie" en visant ainsi la Turquie. C’est dans la résolution protestant contre la prétendue oppression de 30 millions de Musulmans en U.R.S.S. que le caractère contre-évolutionnaire du congrès s’est le mieux exprimé. Même les quelques discours de nuance radicale ne peuvent pass dissimuler le caractère réactionnaire du congrès. Les faits et gestes des nationalistes syriens (leur capitulation complète devant l’impérialisme français) sont là pour démentir complètement leurs phrases radicales.
Le congrès de Jérusalem n’a rien de commun avec les intérêts des masses travailleuses musulmans. Il ne veut pas les mobiliser, mais les désorganiser et les tromper. Le front unique contre l’impérialisme passe par-dessus les têtes des notabilités des Indes, de l’Egypte et des autres pays coloniaux et se rapporte non seulement aux masses musulmanes, mais à tous les travailleurs sans distinction de religion, de secte ou de race.
1932-05-14 – J. B. : « Le sionisme dans le camp des Gardes Blancs » (1932)
J. B. :
Le sionisme dans le camp des Gardes Blancs [1]
(14 mai 1932)
On a assisté ces derniers temps à un renforcement considérable de l’agitation sioniste dans les différents pays d’Europe et d’Amérique, agitation accompagnée d’un égal renforcement de la politique agressive pratiquée par les sionistes envers les Arabes de Palestine. La direction officielle du mouvement sioniste entend même s’opposer à toute concession que le gouvernement impérialiste britannique se verrait obligé de promettre aux Arabes sous la pression des masses.
Par de faux exposés, paraissant dans un grand nombre de journaux européens, comme le Journal en France, le Manchester Guardian en Grande-Bretagne, la Vossische Zeitung et le Frankfurter Zeitung en Allemagne, la propagande sioniste tâche de présenter la Palestine comme une sorte d’île heureuse restée à l’abri de la crise. Le but de cette propagande mensongère c’est de renforcer l’offensive sioniste par un nouveau courant d’émigration en Palestine destiné à faciliter la conquête du pays par les sionistes.
En réalité, la situation du sionisme est particulièrement difficile et la propagande renforcée du Comité exécutif sioniste n’a d’autre mission que de dissimuler les véritables intentions de la bourgeoisie sioniste. Ces véritables intentions résident dans le fait que les couches dirigeantes de la bourgeoisie juive se trouvant à la tête du mouvement sioniste sont arrivées à la conviction qu’elles ne pourront pas atteindre leur but par ces moyens pacifiques, étant donné surtout la situation financière difficile du sionisme (le budget sioniste a dû être diminué de 50 %) ainsi que la résistance accrue des Arabes, résistance qui peut se développer d’un moment à l’autre en un nouveau soulèvement armé contre le sionisme et l’impérialisme. Si extraordinaire que cela paraisse, la bourgeoisie juive croit aussi trouver dans une aventure guerrière une issue à la crise et la possibilité d’un nouvel essor sioniste.
Le tsarisme était l’ennemi mortel de la population juive. Il était l’origine même de l’antisémitisme pogromiste et son représentant sanglant dans le monde entier. Tous les soi-disant gouvernements provisoires qui ont succédé au tsarisme ont été des gouvernements assassins partant inscrite sur leur étendard l’extermination des masses populaires juives. Aujourd’hui encore, les pays qui se trouvent aux premières lignes du front de combat contre l’Union soviétique sont en même temps les forteresses de l’antisémitisme dans sa forme la plus sanglante : les pogromes fascistes en Roumanie, le boycottage économique et les pogromes antijuifs en Pologne, les troubles antisémitiques en Lettonie montrent que ces États gardes blancs ont repris l’héritage du tsarisme quant à l’oppression des juifs.
En Union soviétique seulement, à l’encontre de tous les autres pays de l’Europe orientale, il n’y a pas de pogromes. Lorsqu’en 1929, les troupes des gardes blancs ont dépassé la frontière soviétique en Sibérie et conquis la première ville-frontière, leur première action ce fut un pogrome antijuif. Ce n’est que par l’entrée de l’Armée rouge que l’ordre a été rétabli et les bandits gardes blancs punis.
La bourgeoisie juive est donc absolument certaine qu’une guerre contre l’Union soviétique sera forcément accompagnée d’effroyables massacres contre la population travailleuse juive, massacres qui dépasseront et de beaucoup tout ce qu’on a connu jusqu’ici.
Les sionistes ont lancé, comme mot d’ordre principal de leur propagande, la "défense de la nation juive", et la bourgeoisie juive essaie, par cette phrase, de leurrer les masses juives.
Pourtant, c’est précisément en ce moment où le danger de guerre menace de près, que les sionistes montrent leur véritable visage en faisant tout ce qui dépend d’eux pour obtenir une alliance avec les gardes blancs : ils se déclarent même prêts à tendre la main aux pogromistes de la pire sorte.
Le leader sioniste Pasmanik s’est allié, aussitôt après la révolution bolchéviste de 1917, aux monarchistes russes du camp des "Cent-Noirs". M. Yabotinski, un autre chef sioniste et membre du Comité exécutif, a conclu, en 1922, un pacte formel avec le bandit Petlioura qui ruisselait encore du sang des pogromes, en vue d’une lutte contre le bolchevisme.
Récemment encore, les congrès sionistes considéraient comme une tradition inéluctable d’adopter des résolutions contre l’Union soviétique. Pendant la grande action antisoviétique du Pape, les rabbins, sionistes ou non, n’ont raté aucune occasion de sévir du haut de leur autel, souvent même avec les représentants des autres cultes, contre l’Union soviétique.
Actuellement, les sionistes de tous les pays, et surtout ceux de Palestine, organisent une véritable orgie d’excitations antisoviétiques. La collaboration des capitalistes juifs avec le fascisme italien, le bloc en préparation qui doit réunir, au Wurtemberg, le parti d’État d’Allemagne, soutenu par la plus grande partie de la bourgeoisie juive, et les nationaux-socialistes antisémites, l’appui financier prêté par les groupements ultra-sionistes de la bourgeoisie juive d’Autriche aux organisations des Heimwehren[2], tous ces faits sont autant de preuves que la bourgeoisie juive et surtout sioniste n’hésite pas à passer au camp de l’antisémitisme fieffé, à trahir les masses juives et à les livrer aux pogromistes pourvu qu’elle puisse s’assurer une sécurité quelconque de classe.
Or, la bourgeoisie juive, et surtout les sionistes, n’entend pas se contenter du soutien financier et de la propagande en faveur du fascisme, elle tâche encore de s’assurer une place parmi les troupes offensives des gardes blancs destinées à marcher contre l’Union soviétique. Un chef sioniste bien connu l’a révélé involontairement.
Le Dr. Von Weisl, qui a fait dernièrement, en Pologne, une tournée de propagande au nom de l’organisation sioniste fasciste, a déclaré ce qui suit au cours d’un grand meeting qu’il a donné fin mars à Varsovie :
"Une concentration antisoviétique s’opère actuellement dans le monde entier. La voie ferrée Haïfa-Bagdad est construite pour la guerre contre l’Union soviétique. Nous devons participer à cette concentration antisoviétique avec une armée de 100.000 hommes. Notre voie, notre salut se trouvent vent à droite."
Il est douteux que ces 100.000 hommes soient d’un grand secours pour les généraux gardes blancs. On ne saurait pourtant sous-estimer les menaces et les préparatifs de guerre antisoviétiques des sionistes, d’autant plus que les social-fascistes sionistes des différents pays tâchent de présenter la bourgeoisie juive comme libérale, progressiste et nullement réactionnaire.
Il est du devoir de partis communistes qui travaillent parmi les masses juives, et surtout des partis communistes d’Amérique, de Pologne, de Roumanie, de Lituanie, de Palestine, de France, etc., d’arracher le masque du sionisme et de démontrer que les racontars du libéralisme et le caractère inoffensif de la bourgeoisie juive sont du domaine de la fantaisie, et que dans la lutte contre l’Union soviétique et contre le bolchévisme, la bourgeoisie juive, le sionisme et ses différentes agences social-fascistes ne formeront qu’un tout.
[1]. Correspondance internationale, no 40, 12e année, 14 mai 1932, p. 416.
[2]. En Autriche, le terme générique de "Heimwehr" (ou les variantes Heimwehren, Heimatwehr, Heimatschutz, Heimatdienst, Selbstschutzverband) désigne des unités de milices de volontaires qui ont été formées à l’origine après la 1re Guerre mondiale, puis regroupées à différents niveaux régionaux. Elles ont agi du côté des gouvernements réactionnaires contre la social-démocratie et les communistes.
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