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Autriche 1918 – 1945 Annotations historiques : Allemagne, 20 Juillet 1932
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10 Avril 1932
Des élections présidentielles ont lieu en mars-avril. Lors du premier tour, le 13 mars 1932, Hindenburg arrive en tête avec 49,6 % des voix, Hitler obtient 30,1 % et le candidat du KPD, Ernst Thälmann, 13,2 %. Au second tour, le 10 avril, Hindenburg est réélu.
12 Avril
Le Landtag prussien adopte à 227 voix contre 2 (220 députés refusent de participer au vote) une modification du règlement intérieur. L’élection du ministre-président requiert désormais la majorité absolue, même si aucun candidat n’obtient cette majorité absolue au premier tour (auparavant, une majorité relative suffisait au deuxième tour).
24 Avril
Lors des élections au Landtag de Prusse le 24 avril, les national-socialistes remportent une nette avance et font passer leur nombre de sièges de 8 à 162.
30 Mai
Le gouvernement Heinrich Brüning tient une réunion. Le chancelier du Reich annonce que, conformément au souhait du président du Reich Paul von Hindenburg ‑ avec lequel il s’est entretenu la veille ‑, le gouvernement ne devra plus à l’avenir promulguer de décrets d’urgence ni modifier sa composition. Brüning avait fait remarquer que cela équivalait à une demande de démission, une interprétation que Hindenburg a confirmée. Le gouvernement démissionne effectivement.
31 Mai
Le président Hindenburg reçoit Franz von Papen (Parti du centre) afin de lui confier la formation d’un nouveau gouvernement qui ne soit pas issu des partis. Papen accepte et exprime le souhait que le communiqué de presse utilise l’appellation "gouvernement du Reich de concentration nationale". Il annonce immédiatement sa décision de quitter le Parti du centre.
1er Juin
Le nouveau gouvernement est formé.
Chancelier du Reich : Franz von Papen, Parti du centre (sans affiliation politique à partir du 3 juin 1932)
Affaires étrangères : Konstantin von Neurath, sans affiliation politique
Intérieur : Wilhelm von Gayl, DNVP
Finances : à partir du 2 juin 1932 : Johann Ludwig von Krosigk, sans affiliation politique
Économie : Hermann Warmbold, sans affiliation politique
Justice : Franz Gürtner, DNVP
Travail : Hermann Warmbold, sans affiliation politique, à titre provisoire ; à partir du 6 juin 1932 : Hugo Schäffer, sans affiliation politique
Défense : Kurt von Schleicher, sans affiliation politique
Transports et postes : Paul von Eltz-Rübenach, sans affiliation politique
Alimentation : Magnus von Braun, DNVP
Sans portefeuille : à partir du 29 octobre 1932 : Franz Bracht, sans affiliation politique
Sans portefeuille : à partir du 31 octobre 1932 : Johannes Popitz, sans affiliation politique
3 Juin
En Prusse, le gouvernement d’Otto Braun (SPD) a annoncé sa démission le 26 avril ; le 24 mai, le Landtag s’est réuni en séance constitutive, rendant ainsi effective la démission du gouvernement. Le gouvernement Braun continue de gérer les affaires courantes en attendant la formation d’un nouveau gouvernement. Le 3 juin, une motion de censure contre le gouvernement Braun, présentée par le KPD, est adoptée par 225 voix (dont celles du NSDAP, du KPD et du DNVP) sur un total de 253 voix. Une motion du DNVP visant à rétablir le règlement intérieur tel qu’il était avant la modification adoptée le 12 avril est toutefois rejetée par 211 voix (SPD, KPD, Zentrum, DStP) contre 202 voix (NSDAP, DNVP, DVP, CSVd, DHP). La formation d’un nouveau gouvernement n’étant pas possible, le gouvernement Braun reste en fonction.
Von Papen quitte le Parti du centre et échappe ainsi à une exclusion du parti pour avoir formé une coalition et avoir fait preuve de déloyauté envers Brüning.
4 Juin
Le président Hindenburg ordonne la dissolution du Conseil impérial (Reichsrat). La date des élections est fixée au 31 juillet.
6 Juin
Le ministre-président prussien Braun part en vacances « avec la ferme intention de ne plus revenir à son poste ».
Le ministre-président von Papen tente de convaincre le Parti du centre, le DNVP et le NSDAP de former un gouvernement de coalition en Prusse. Il négocie successivement avec le président du DNVP Alfred Hugenberg (le 6 juin), avec le NSDAP en la personne de son président de groupe au Landtag Wilhelm Kube et de son président du Landtag Hanns Kerrl (le 7), ainsi qu’avec des représentants du Parti du centre, en particulier le ministre prussien des Affaires sociales Heinrich Hirtsiefer. Mais ces tentatives restent vaines. Le 21 juin, le Parti du centre et le NSDAP décident de reporter les négociations et l’élection d’un ministre-président jusqu’après les élections à l’Assemblée nationale.
14 Juin
Le décret du président du Reich contre les débordements politiques est promulgué.
28 Juin
Le deuxième décret du président du Reich contre les troubles politiques, faisant suite au décret du 14 juin 1932, et le décret du ministre de l’Intérieur sur les rassemblements et les défilés sont promulgués.
10 Juillet
Un "congrès unitaire contre le fascisme" organisé par le KPD se tient à Berlin. Il rassemble 1.465 délégués, dont 954 sans affiliation politique, 379 membres du KPD et 132 membres du SPD et de l’organisation Reichsbanner. L’objectif est de fonder un mouvement appelé "Action antifasciste".
Des affrontements éclatent à divers endroits entre les national-socialistes, en particulier les groupes SA, et les militants du KPD et du Reichsbanner. Ce jour-là, on dénombre 27 morts et 181 blessés graves dans tout le pays.
11 Juillet
Le gouvernement approuve la proposition de Papen visant à préparer la nomination d’un commissaire du Reich pour la Prusse, ainsi qu’un décret instaurant l’état d’urgence qui, en cas de résistance des autorités prussiennes, placerait la police prussienne sous l’autorité directe du ministre de la Défense.
16 Juillet
Le ministre de l’Intérieur von Gayl informe les membres du gouvernement des pouvoirs qui lui ont été conférés par le décret du 13 juillet. Le 18, le maire d’Essen, Franz Bracht (sans affiliation politique), est nommé commissaire du Reich pour le ministère prussien de l’Intérieur du gouvernement.
17 Juillet
Les national-socialistes organisent un défilé dans le centre d’Altona (aujourd’hui un quartier de Hambourg), auquel participent également des membres en uniforme de la SA. Plus de 7.000 manifestants viennent de tout le Schleswig-Holstein. Le défilé est bloqué par des habitants hostiles. Des coups de feu sont tirés, deux membres de la SA sont tués. Des forces de police d’Altona et de Hambourg interviennent et tirent sur les maisons environnantes. On dénombre 16 morts et 64 blessés graves.
Un tribunal spécial juge quatre communistes pour "meurtre en réunion" de deux membres de la SA et les condamne à mort. Le 1er août 1933, les national-socialistes procèderont à l’exécution des condamnés.
Le chef de la police d’Altona, Otto Eggerstedt (SPD), avait autorisé la manifestation national-socialistes, tandis que le ministre-président de la province du Schleswig, Waldemar Abegg (frère du secrétaire d’État prussien à l’Intérieur, Wilhelm Abegg), avait interdit presque toutes les manifestations politiques pour le même jour.
18 Juillet
Après l’arrêté du ministre de l’Intérieur du 28 juin, un deuxième arrêté du ministre de l’Intérieur relatif aux rassemblements et aux défilés a été pris. Le 22 juillet, un troisième arrêté du ministre de l’Intérieur relatif aux rassemblements et aux défilés suivra, qui modifie légèrement le texte des précédents.
Ces arrêtés prévoient une interdiction générale des rassemblements et des défilés en plein air, à l’exception des rassemblements dans des lieux destinés à accueillir un grand nombre de personnes et pour lesquels l’achat d’un billet d’entrée est obligatoire.
20 Juillet
Le chancelier du Reich von Papen et le ministre de l’Intérieur von Gayl reçoivent les ministres prussiens Hirtsiefer (Affaires sociales), Carl Severing (Intérieur) et Otto Klepper (Finances). Papen annonce que le président a, à sa demande, promulgué un décret concernant le rétablissement de la sécurité et de l’ordre publics sur le territoire de la Prusse. La date du 20 a été ajoutée à la main par F. von Papen dans l’original.
Ce décret nomme le chancelier du Reich commissaire du Reich pour la Prusse. Von Papen annonce qu’il démet de leurs fonctions le ministre-président prussien Braun et le ministre prussien de l’Intérieur Severing et nomme Bracht à la tête du ministère de l’Intérieur.
Severing déclare qu’il proteste énergiquement contre ces mesures et qu’il ne cédera à la violence ou ne démissionnera de ses fonctions que s’il est démis de ses fonctions par ordre explicite du président du Reich ou par une décision des parlements régionaux.
Immédiatement après cette réunion, le président du Reich promulgue un décret concernant le rétablissement de la sécurité et de l’ordre publics dans le Grand Berlin et la province de Brandebourg. (Il sera abrogé par la suite le 26 juillet.) Ce décret instaure l’état d’urgence dans la zone concernée et place la police sous l’autorité du commandant du district militaire 3, le lieutenant-général Gerd von Rundstedt, qui est soumis aux instructions du ministère de la Défense. Le commissaire de police Albert Grzesinski (SPD), le commissaire adjoint Bernhard Weiß et le commandant de la police de Berlin, Magnus Heimannsberg, reçoivent leur lettre de licenciement. Ils contestent le bien-fondé juridique de cette mesure, sont arrêtés, puis finalement relâchés après avoir signé une déclaration dans laquelle ils démissionnent de leurs fonctions. Grzesinski est remplacé par Kurt Melcher au poste de chef de la police.
Après la réunion à la Chancellerie impériale, Hirtsiefer, Severing et Klepper se rendent au ministère prussien de l’Intérieur pour rencontrer les autres ministres. Sur proposition de Severing, il est décidé de faire appel devant la Cour constitutionnelle. Dans la soirée, Severing est contraint de quitter les locaux du ministère de l’Intérieur sous la menace d’une arrestation. Les autres ministres prussiens sont également démis de leurs fonctions.