| Autriche 1918 – 1945 Annotations historiques : Autriche – Republikanischer Schutzbund |
Le Republikanischer Schutzbund (Ligue républicaine de protection) était une organisation paramilitaire créée en 1923/1924 à partir des formations de service d’ordre du Parti social-démocrate. Elle portait un uniforme unifié, était organisée en compagnies, bataillons et régiments et était relativement bien équipée (en armes d’infanterie).
Le siège de la direction centrale était à Vienne (Julius Deutsch en tête, avec comme collaborateurs Alexander Eifler et Theodor Körner, mais ce dernier n’avait guère d’influence) et il existait une direction régionale dans chaque Land. Le Republikanischer Schutzbund était conçu pour les sociaux-démocrates comme un substitut à l’armée fédérale dominée par le Parti chrétien-social et un signe de "défense prolétarienne"; il était en partie issue de membres de la Volkswehr et fut plus tard le pendant de la Heimwehr chrétien-sociale.
Le Republikanischer Schutzbund a atteint sa plus grande force en 1928 avec 80.000 membres, principalement à Vienne, dans les régions industrielles de Basse-Autriche, Haute-Autriche, Carinthie et Styrie. Il dut souvent faire face à des affrontements locaux, sa plus grande manifestation eut lieu le 9 octobre 1928 à Wiener Neustadt. À partir des années 1930, il perdit de sa force de frappe, les 30 et 31 mars 1933, il fut dissous par le gouvernement Dollfuß, mais il continua d’exister illégalement et le 12 février 1934, il commença à Linz la lutte contre le gouvernement, qui était cependant provoquée par la Heimwehr, utilisée comme police auxiliaire.
Au cours de la guerre civile qui s’ensuivit, près de 200 membres du Schutzbund furent tués et environ 300 blessés – notamment en raison de l’intervention de l’artillerie de l’armée fédérale contre les bâtiments communaux viennois. Après la défaite, de nombreux membres ont été arrêtés, quelques dirigeants du Schutzbund ont été exécutés, quelques 100 ont fui en ČSR et en Union soviétique.
Armement du Schutzbund.
La situation créée après 1918 par l’issue de la Guerre mondiale en Europe du Sud-Est est déterminée par le traité de Saint-Germain-en-Laye. Il limite notamment l’étendue et la composition des forces armées et de police. Il existe toutefois un certain nombre de formations paramilitaires disposant d’armes.
En 1919, Julius Deutsch organise, en tant que secrétaire d’État à l’armée, la "Deutschösterreichische Volkswehr" (armée populaire d’Autriche allemande), qui intègre des volontaires appartenant principalement au camp social-démocrate. Suite au traité de Saint-Germain-en-Laye, cette Volkswehr est dissoute. Après les élections du Conseil national d’octobre 1920, le SDAPDÖ ne participe plus au gouvernement, mais il occupe des positions fortes aux échelons inférieurs de l’administration, notamment pour Vienne. 1923‑1924, Deutsch organise le Republikanischer Schutzbund en tant qu’organisation rassemblant les défenses armées ouvrières. De nombreux anciens membres de la Volkswehr se joignent au Schutzbund; il peut recourir à des stocks d’armes non officiels, dont il dispose en accord avec le SDAPDÖ. De son côté, le gouvernement s’efforce de prendre le contrôle de ces armes. Lorsqu’il obtient des informations sur un dépôt d’armes à l’Arsenal de Vienne (voir plus loin la note sur l’Arsenal), le ministre de l’Armée Carl Vaugoin (Parti chrétien-social) entreprend le 2 mars 1927 une action de confiscation. Des groupes du Schutzbund du voisinage, alertés, interviennent, quelques compagnies de l’armée fédérale sont engagées. Le président de la fédération des métallurgistes, Franz Domes, menace le préfet de police Johann Schober d’une grève de l’électricité. L’armée se retire de l’Arsenal. Trois jours plus tard, Vaugoin prépare toute la garnison de Vienne pour une nouvelle action, mais le maire Karl Seitz (SDAPDÖ) et le chancelier Ignaz Seipel (Parti chrétien-social) se mettent d’accord pour entamer des négociations sur le lieu de stockage des armes. Le 16 mai, les social-démocrates et le gouvernement parviennent à un accord; en conséquence, en juin, l’Arsenal est transféré dans un autre bâtiment, où il est désormais contrôlé conjointement par un officier et un homme de confiance social-démocrate. Cependant, ce règlement devient finalement caduc en novembre 1930. À cette date, suite à une crise gouvernementale qui a éclaté en septembre, Vaugoin est à la tête d’un gouvernement provisoire, alors que de nouvelles élections sont prévues pour le 9 novembre. Le 8 novembre, Vaugoin fait saisir unilatéralement les armes provenant de l’Arsenal.
Arsenal de Vienne.
Après l’écrasement de la révolution de 1848, il fut décidé de construire des "casernes défensives" autour du centre-ville de Vienne (contre de futures révoltes ouvrières; caserne Kaiser-Franz-Joseph, caserne Kronprinz-Rudolf [caserne Roßauer]) ainsi qu’un arsenal d’artillerie royal et impérial sur le Laaer Berg afin de disposer d’une installation militaire centrale capable de se défendre et située dans une position appropriée. L’Arsenal fut construit en 1849‑1856 en dehors du Linienwall (dans le secteur Arsenalstraße, Ghegastraße, Lilienthalgasse, rattaché au 3e arrondissement depuis 1938) sur une surface de 330.000 mètres carrés. Pendant la 1re Guerre mondiale, l’Arsenal devint une énorme entreprise d’armement avec son propre approvisionnement en énergie, son aciérie et sa fonderie, employant jusqu’à 20.000 personnes dans 18 usines, en grande partie des travailleurs semi-qualifiés, surtout des femmes de Vienne et des hommes de toutes les régions de la monarchie ainsi que des prisonniers de guerre. La première mesure organisationnelle prise à la fin de la 1re Guerre mondiale fut de le détacher de l’administration militaire. Une commission au sein de l’Office d’État pour l’économie de guerre et de transition conseilla de passer à la production pour la paix, mais les plus grandes difficultés surgirent car le capital d’exploitation, l’organisation des ventes et la gestion commerciale faisaient défaut. En mai 1919, le nombre d’ouvriers était déjà tombé à environ 3.000 personnes, principalement en raison du licenciement des femmes et des étrangers. Les ouvriers restants étaient pour la plupart des ouvriers hautement qualifiés et dotés d’une forte conscience politique. Une armée ouvrière fut mise en place à l’Arsenal. La commission susmentionnée avait recommandé l’abandon du site de l’Arsenal et la création de nouvelles entreprises de remplacement, mais les ouvriers sur place et le syndicat des métallurgistes s’y étaient fermement opposés en raison du risque de pertes d’emplois additionnelles. En raison des craintes de troubles ouvriers, le gouvernement décida le 1er octobre 1919 d’intégrer l’Arsenal aux "Österreichische Industriewerke". Durant l’été 1920, la direction générale des services industriels de l’État entama des négociations de vente avec des intéressés privés, notamment avec la Creditanstalt, dont le groupe comptait également des entreprises d’armement. Mais la banque ne voulait pas donner de garantie d’emploi, ce qui a conduit les syndicats et la social-démocratie (SDAPDÖ) à rejeter cette proposition. Sur l’insistance des ouvriers, soutenue par les social-démocrates au gouvernement et au parlement, sur proposition d’Otto Bauer début 1921, les installations de transformation des métaux de l’Arsenal furent inscrites au registre du commerce en tant que société distincte sous le nom de "Österreichische Werke, Gemeinwirtschaftliche Anstalt in Wien" (ÖWA). L’État autrichien a créé, sous la dénomination Österreichische Werke Gemeinwirtschaftliche Anstalt, un établissement d’utilité publique au sens de la loi du 29 juillet 1919, qui avait pour mission d’acquérir et de continuer à exploiter les Industriewerke Arsenal, ainsi que de participer à la mise en valeur des usines de Wöllersdorf, des services industriels de Fischamend, des usines de Wörther et des services industriels de Klosterneuburg. La constitution de l’entreprise des usines autrichiennes contenait de larges droits de participation des comités d’entreprise. Il n’existait pas de plan uniforme pour le développement de l’entreprise, les différentes unités de production fonctionnaient de manière isolée et la production était fragmentée. En 1922, l’entreprise produisait des tours, des perceuses, des machines à bois, des scies, des charrues, des pistolets, des fusils de chasse, des meubles et des petites voitures. Quelques mois seulement après la création des Österreichische Werke, des difficultés financières majeures sont apparues. Même un crédit de la Zentralsparkasse, obtenu par Hugo Breitner, n’a pas pu changer la situation catastrophique. En octobre 1924, le directeur général Max Ried se retira de toutes les fonctions de l’entreprise. En 1925, la Verwertungsgesellschaft fut créée, qui était en même temps l’administrateur fiduciaire de la République d’Autriche et fut chargée de vendre les stocks restants. Deux mille employés furent licenciés. À la fin de l’année 1925, les Österreichische Werke ont été réduites à l’usine de machines et à la fonderie. La vente dura trois ans, après quoi le centre de liquidation fut dissous le 28 février 1929. La Österreichische Werke Gemeinwirtschaftliche Anstalt a ensuite été définitivement mise en liquidation au milieu des années 1930.